Passionné(e) d'histoire ? Recevez un email d'Aude chaque semaine.

Garanti sans spam

La Gaule unie, formant une seule nation…

On 26/03/2015 by admin

Hello!

La question du jour bonjour, brillamment remportée par l’irréductible G-E, était “En quelle année eut lieu la bataille d’Alésia?“. Grâce à votre lecture de La Guerre des Gaules de César Astérix, vous savez que c’était en -52.

Le sujet le plus brûlant autour d’Alésia, c’est : “c’est où Alésia?” :

  • C'est où Alésia
    Je suis méga-tentée de dire avec Abraracourcix que je ne sais pas où c’est Alésiaet que personne ne sait où se trouve Alésia
  • … mais soyons honnête : la polémique sur “non, ce n’est pas en Bourgogne, la Bourgogne c’est un complot de la CIA, du Mossad et de Napoléon III” est à mes yeux totalement foireuse (ou, pour être exacte : juste bonne à faire vendre des livres qui contiennent le plus possible d’occurrences  des mots “complot“, “intelligensia“, “mystère” et toutes sémantiques marketing afférentes.). Résumons donc un peu la polémique (qui oppose grosso modo Franck Ferrand et une de ses amies au reste du monde). La volonté de trouver Alésia-ailleurs-qu’à-Alésia part d’une fausse bonne idée : reconstituer un portrait robot du lieu à partir du texte de César et trouver quelque part en France où les collines ressemblent à ce portrait robot. Pof, on en a trouvées dans le Jura. Et tant pis si, du coup, ce n’est plus cohérent avec le reste du texte de César sur les distances par rapport à Gergovie ou décrivant Alésia comme une importante cité (alors que la colline en question du Jura avait probablement au mieux une cabane de pêcheurs pour Francis Cabrel), tant pis aussi si César était loin d’être un géographe et se fichait pas mal de raconter précisément au Sénat romain la topologie du lieu (il préférait raconter à quel point il était stylé) bref tant pis pour les fouilles et pour le bon sens (et vive les livres vendus grâce à une polémique aux petits oignons)
  • => bref, vous l’aurez compris, cette polémique m’intéresse assez peu.
Alors, pourquoi une Histoire du Jour sur Alésia, si ce n’est pas pour polémiquer et vendre des livres?
  • vous ne pouvez pas vous poser sérieusement la question si vous avez déjà entendu parler de Vercingétorix, qui mérite toutes les HDJB
  • parce que s’il faut trouver une date de naissance à la France, -52 pourrait en être une bonne : elle incarne la première fois de l’Histoire (presque) toutes les tribus gauloises s’unirent
  • bonus : parce qu’un focus sur l’expression “Nos ancêtres les Gaulois” serait très utile, pour en comprendre l’origine (et la polémique) (youpi, une autre polémique!)

I.Les origines de la Guerre des Gaules ou Quand l’ambitieux César décidait de conquérir la Gaule  (59 à 53 av JC):

Contexte – La situation de César :

  • En 59 avant J-C, César, 41 ans, était consul (=mandat d’un an, le plus important dans la République de Rome).

    Carte Gaule

  • Doté d’une immense ambition[1], il intrigua pour se faire accorder un pouvoir exceptionnel : non pas, comme c’était traditionnellement l’usage, une prolongation d’un an de son mandat (=”proconsulat”) pour gouverner une province, mais un proconsulat de 5 ans sur trois provinces. => Bref,multiplication par 3 x 5 = 15 de ses pouvoirs. Now we’re talking.
  • Les provinces qui lui furent attribuées étaient situées en bordure de la Gaule – que César rêvait de conquérir, afin de pouvoir égaler (ou doubler) la gloire du Grand Pompée, son allié mais également rival à Rome…
L’entrée en guerre :
En -58, César saisit donc le premier prétexte qu’il trouve:
  • La tribu des Helvètes voulait migrer en Saintonge (nord de la Gironde) : pour cela, les petits Suisses avaient demandé aux tribus dont ils allaient traverser les territoires leur autorisation et noué des alliances avec les peuples de Saintonge. Bref, consensuels comme des Suisses.
  • Ils migraient sans doute pour fuir les belliqueux Germainsmais César, qui, selon la tradition romaine, avait besoin de trouver un prétexte pour une guerre défensive, raconte dans La Guerre des Gaules (destinée au Sénat[2]) que leur but était d’attaquer et conquérir la Gaule.
    • Cela paraît peu vraisemblable : pourquoi alors emmener femmes et enfants (moyen pratique pour faire la guerre) et pourquoi partir en brûlant leurs villages et leurs récoltes derrière eux (moyen pratique pour revenir une fois la Gaule conquise)? Bref, passons.
  • Selon César, les Helvètes étaient 368 000 à leur départ. Mais ça c’était avant. Parce qu’après César (qui leur interdit d’abord de passer, puis qui les massacre quand ils le font quand-même), ils ne sont plus 110 000. Oui, il en a tué plus des 2/3. Ce qui fait bocou.
  • Pour faire bonne mesure, César attaque ensuite les Germains (les Germains étaient alliés de Rome? Oups, tant pis!)
A Rome, César se taille, grâce à ces deux exploits, une popularité immense (le Sénat, enthousiaste, décrète quinze jours de fête pour remercier les Dieux) : il éclipse enfin Pompée, qui était au sommet de sa gloire. Il continue donc et s’attaque, entre autres :
  • Jules
    en -57 aux tribus “belges”
    • NB: en -54/53, une tribu belge (les Eburons) lui détruit une légion : il extermine donc leur peuple tout entier, histoire de leur apprendre.
  • puis en -56 aux Armoricains (il supprime les élites et déporte le peuple Vénète en esclavage. Vénètre.)
  • De 55 à 53, il attaque à nouveau les Germains et les Bretons, tout en réussissant à décapiter les révoltes – en écrasant ou suppliciant les différents chefs locaux (ce qui indigne les autres chefs gaulois)
Bref : la Guerre des Gaules était un vrai carnage, et toute tentative de résister permettait à César d’accroître le territoire sous sa domination. (Mais ceux qui ne résistaient pas pour éviter d’être conquis furent quand-même conquis)
César, assez content de lui, recense 1 192 000 Gaulois tué[3]. Et puis un autre million en esclavage.  
=> en -53, César croit avoir définitivement maté la Gaule, complètement exasangue. Sauf que…

 

II.Le soulèvement des Gaulois (53/ 52 avant Jésus-Christ)

Statue Vercingétorix à Alésia

Sauf que le tout jeune chef des Arvernes (=Gaulois d’Auvergne), Vercingétorix, qui avait (peut-être) 20 ans, réussit à soulever la Gaule contre l’envahisseur et à unir plusieurs tribus dans une alliance anti-romaine:
  • Jules le reconnaît lui-même : « Cette guerre, Vercingétorix ne l’a pas entreprise pour satisfaire une ambition personnelle, mais pour la liberté de tous ». (CoeurCoeurCoeur Vercingétorix)
    • D’ailleurs, son père, déjà, avait cherché à prendre la tête d’un parti anti-romain
    • Vercingétorix, à 19 ans (probablement), avait lui-même été emmené de force par César (comme bien d’autres chefs ou fils de chefs gaulois soumis) pour combattre les Bretons un an plus tôt – mais il avait déserté.
  • La difficulté consiste à unir les tribus gauloises rivales ; mais, outre le fait que tous les Gaulois anciennement rivaux commençaient à bien comprendre que leur principal ennemi commun étaient d’abord les Romains, Vercingétorix leur tint selon César un discours qui les galvanisa : « La Gaule unie, formant une seule nation, animée d’un même esprit, peut défier l’univers ». Bim. (Cette phrase a d’ailleurs été gravée en bas de sa statue, à Alésia)
  • En janvier -52, un massacre de Romains à Cenabum (Orléans) lança le signal du soulèvement général :
    • Vercingétorix employa deux tactiques : la guerre de harcèlement (évitant les batailles rangées) et la « terre brûlée » pour affamer les Romains.
    • Fin avril 52, il remporte une première et grande victoire à Gergovie (à côté de Clermont) où César est contraint de fuir
  • Vercingétorix est alors à nouveau acclamé roi, cette fois par un rassemblement de tous les représentants de Gaule – y compris avec des tribus gauloises qui étaient des alliées traditionnelles des Romains : c’est la première fois que les tribus s’unissent ainsi sous un seul chef.
Malheureusement, tout bascule dès l’été :
  • Fortifications d'AlésiaCésar, poursuivi par les Gaulois, retourne son armée contre eux et réussit à forcer les Gaulois à se réfugier dans Alésia. Les assiégés sont environ  80 000 hommes – sans doute autant que du côté de César.
  • César met alors aussitôt en œuvre des techniques de siège sophistiquées et redoutables – notamment avec une double ligne de fortifications (pour se protéger de l’extérieur et de l’intérieur) et une série de fossés, de pieux et de pièges pour rendre la sortie des assiégés impossible.
Vercingétorix, de son côté, envoie plusieurs messagers dans toute la Gaule pour soulever une armée de renforts, mais il n’a des réserves de nourriture que pour un mois -or l’armée de secours met deux mois à arriver
  • Alésia meurt de faim : Vercingétorix est obligé de jeter dehors les « bouches inutiles », femmes, enfants, vieillards : comme les Romains leur refusent le droit de sortir, ils périssent misérablement, coincés entre la ville et les retranchements romains (Horrible)
  • L’armée de secours arrive enfin, mais trop tard : malgré ses 250 000 hommes, elle s’écrase contre les fortifications de César
  • Reddition de Vercingétorix
    La famine contraint donc, finalement, les assiégés d’Alésia à rendre les armes: Vercingétorix, superbe, après avoir fait le tour du siège de César et de ses officiers sur son cheval, vient se mettre à ses pieds et offre sa vie en échange de celle de ses hommes (mais ceux-ci sont finalement offerts comme esclaves aux légionnaires…).
  • Vercingétorix est alors emmené en captivité pour servir de cortège au triomphe de César à Rome – mais comme César déclenche la guerre civile à Rome, Vercingétorix resta prisonnier pendant six ans, le temps que César ait conquis Rome… Et, en -46, le soir même du triomphe, César le fit étrangler dans sa cellule. Bouhouhou. RIP Vercingétorix.
Focus “Nos ancêtres les Gaulois“: expression raciste?
Pour revenir à une époque plus moderne, on a tendance à croire aujourd’hui que le fameux “Nos ancêtres les Gaulois” (premier chapitre de du manuel d’Histoire enseignée à tous les élèves de l’école de la IIIème République – y compris dans les colonies) est la preuve d’un nationalisme ethnique, voire d’un certain racisme, de l’école républicaine.
En réalité, l’esprit de l’expression était exactement l’inverse :
Nos ancêtres les Gaulois
  • Dans les images, les Gaulois sont non pas glorifiés mais présentés comme des barbares (cf photo). Le manuel explique : « Vous voyez en haut de la page un Gaulois. Son manteau est fait d’une peau de bête. Si vous rencontriez un homme comme celui-là dans la rue, vous croiriez que c’est un sauvage. Le garçon va suivre son père à la chasse. Il n’ira pas à l’école  » (j’aime le: “il n’ira pas l’école” : signe ultime du barbare pour des instituteurs)
  • Et la deuxième leçon donne le sens de la première : « Vous devez être étonné de voir une si belle ville en Gaule, car vous avez vu auparavant une maison gauloise bien misérable! Des enfants vont à l’école (re-j’aime), et sont bien habillés. Qu’est–il donc arrivé ? Il est arrivé que les Romains sont devenus les maîtres de la Gaule, après les victoires de César. Les Romains savaient faire beaucoup de choses que les Gaulois ne savaient pas faire. Mais les Gaulois étaient très intelligents. Ils apprirent à faire tout ce que faisaient les Romains ».
=> Bref, le message subliminal est plutôt: “allez à l’école, travaillez, apprenez, et vous rattraperez les techniques de ceux qui savent et vous dominent” — ce qui est tout à fait typique de l’école républicaine, très confiante dans le progrès et la libération par le savoir. => Rien à voir avec un message sur la couleur de la peau, plutôt l’inverse…
 –
Love,
Aude


[1] Un an auparavant (c’est à dire à l’âge de 40 ans), en Espagne, il vit une statue d’Alexandre le Grand et se mit à gémir : “A mon âge, il avait conquis le monde, et je n’ai encore rien fait.”
[2] Si vous voulez lire le texte complet, c’est un peu long mais vous n’êtes pas obligés de tout lire – et c’est disponible gratuitement : https://fr.wikisource.org/wiki/La_Guerre_des_Gaules
[3] Il est très difficile d’estimer la population totale de la Gaule à l’époque. Peut-être 9 à 10 millions selon la fourchette haute ou 2 à 3 millions selon la fourchette basse. Même en considérant que César a exagéré ses massacres, on peut donc dire qu’une très importante partie de la Gaule (peut-être 20% à 70%) fut tuée ou emmenée en esclavage.
Envoyez à un ami DEVENEZ LECTEUR

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Passionné(e) d'histoire ? Recevez un email d'Aude chaque semaine.

Garanti sans spam