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Périclès “entouré de gloire” : filou ou héros?

On 08/05/2015 by admin

χαῖρε!

Petite HDJB des familles, un jour férié : Quel Alcméonide, mort en 429 avant Jésus-Christ, était le plus grand Athénien de son siècle? Bravo à Adrien de P., aka The Poet!

Périclès tête d'oignonPériclès est ce grand personnage qu’on a tous vus en 6ème (car, petits chanceux, nous faisons partie de l’école d’avant les réformes de Najat) : le barbu avec un casque (qui avait la réputation d’avoir une tête en forme d’oignon : il aurait constamment porté ce casque par coquetterie).
Périclès était si puissant et a tellement marqué son siècle − le siècle d’or d’Athènes −, que, rare privilège dans l’Histoire du monde, le Vème siècle av JC (-500 à -400), où s’épanouissent en une seule cité tous les esprits les plus brillants dans tous les domaines les plus divers[1], est désigné comme “le siècle de Périclès“: poseyyy.
Et il est vrai que Périclès le vaut bien, ne serait-ce que parce qu’il a fait passer Athènes d’une démocratie formelle à une démocratie réelle*. Pourtant, je n’arrive pas à savoir si je le considère comme un héros pour ses apports à la politique de l’humanité, ou comme un petit filou pour certains petits détails un peu moyens-moyens. Ce sera donc à vous de juger!

 

I. Périclès, “entouré de gloire”: né puissant dans une cité puissante

  1. Photo générale du Vème siècle — hégémonie athénienne suite aux guerres médiques :

Quand Périclès naquit en 495, les guerres médiques éclataient tout juste : c’était le moment terrible où la Grèce entière tremblait et où sa civilisation faillit disparaître sous le talon perse.

  • -479: la Victoire des Grecs face aux Perses:

Vous vous souvenez de la résistance héroïque aux Thermopyles? Comment Léonidas, roi de Sparte, se sacrifie avec ses 300 soldats pour protéger les autres cités contre le puissant roi perse, Xerxès-au-nom-de-vinaigre? Xerxès est finalement battu à Platées couture (alors qu’il avait réuni la plus grosse armée que l’Homme ait jamais vu) : bieeeen fait

  • -478: l’hégémonie athénienne :

Athènes se relève de ses cendres (au sens propre et figuré) après les guerres médiques et prend la direction des cités grecques:

  • Elle propose aux cités, éternellement rivales, de rester unies et de former une ligue afin d’empêcher une nouvelle invasion de Xerxès-le-casse-pieds : c’est la “Ligue de Délos“, qui réunit plus de 200 cités (Bonne chose)
  • L’objectif est d’entretenir une armée permanente : pour cela, Athènes récolte un trésor mis à l’abri sur l’île sacrée de Délos… mais, rapidement, cette collecte se transforme en tribut et les autres cités n’ont plus vraiment le choix de quitter la ligue ou non : Sparte, l’éternelle rivale d’Athènes, est obligée d’avoir sa contre-ligue (Mauvaise chose)
 Carte 431
  1. Périclès, “entouré de gloire”, né pour le pouvoir :
Etymologiquement, Périclès signifie “entouré de gloire” et il porte en effet très bien son nom:
  • Son père, général très puissant, était un des héros de la guerre contre Xerxès
  • Sa mère, de la très grande famille des Alcméonides, était la nièce d’un des plus grands législateurs d’Athènes qui avait posé les fondements de la démocratie
  • Périclès lui-même, âgé d’à peine 15 ou 16 ans, avait participé aux côtés de son père à une glorieuse bataille navale contre les Perses.
Avec de tels avantages, Périclès se fait rapidement élire stratège (sorte de ministre) : cela dure pendant trente ans où il domine totalement la vie politique athénienne… Il en profite pour faire ostraciser ses ennemis politiques (pourtant plutôt méritants). Difficile de le condamner, parce qu’il se sert plutôt bien de son pouvoir :
  • Roi sans titreVenant de l’aristocratie, Périclès aurait pu, comme son père, défendre les intérêts de sa famille. Pourtant, un peu comme son grand-oncle, il se range du côté des démocrates et améliore la démocratie[2] que celui-ci avait fondée, notamment grâce à une mesure très importante : les pauvres sont dédommagés pour leurs journées passées à occuper une fonction publique. (Pour le paysan qui pouvait difficilement se permettre de quitter sa charrue pour aller voter, cette rétribution changeait tout!)
  • Il généralise également le tirage au sort pour les fonctions publiques -accroissant ainsi l’égalité des citoyens- et facilite l’accès des citoyens de troisième classe à l’archontat (=poste politique dominant à Athènes)
  • Bref, il permet de mettre en pratique la démocratie autrefois théorique d’Athènes – d’ailleurs, l’historien Thucydide (470 à 395 av. J.-C.), qui était pourtant son rival politique, lui attribue cette belle définition de la démocratie :
«L’État démocratique doit s’appliquer à servir le plus grand nombre ; procurer l’égalité de tous devant la loi ; faire découler la liberté des citoyens de la liberté publique. Il doit venir en aide à la faiblesse et appeler au premier rang le mérite. L’harmonieux équilibre entre l’intérêt de l’État et les intérêts des individus qui le composent assure l’essor politique, économique, intellectuel et artistique de la cité, en protégeant l’État contre l’égoïsme individuel et l’individu, grâce à la Constitution, contre l’arbitraire de l’État». (Thucydide, La guerre du Péloponnèse)
=> Donc CoeurCoeurCoeur? Pas si facile…

II.Périclès, un filou pour la bonne cause?

  1. Un démocrate pas si exemplaire:
Périclès s’est efforcé d’avoir une vie privée irréprochable et exemplaire ; il était d’ailleurs (re)connu pour son amour de la sagesse -proprement philosophique-, sa maîtrise de soi proverbiale et ses talents d’orateur. Pourtant, des détails peuvent froisser…
  • Il fit passer une loi contestée qui interdisait la citoyenneté à ceux qui n’avaient pas deux parents athéniens (alors que, jusque là, le père suffisait). A la limite? me direz-vous. Pourtant, quand ses fils de son premier mariage moururent et qu’il ne lui resta plus que son fils d’un second mariage, issu d’Aspasie, une métèque[3] qu’il aimait passionnément, il fit changer la loi pour faire une exception pour son fils. Hmmm.
  • Il entreprit également une guerre contre les Perses, considérablement affaiblis depuis l’assassinat de Xerxès (ne dites pas “bien fait”) (ok, “bien fait”), mais cette guerre se solda par un lamentable échec. Périclès, arguant que le trésor était à portée de l’ennemi à Délos, le fit rapatrier à Athènes “pour qu’il soit en sécurité”. Hmmm.
  • Evidemment, il se servit aussitôt du trésor pour financer la fameuse rétribution à la participation citoyenne des pauvres… Hmmm –> un vrai “détournement de fonds publics” comme on ne les aime pas (quoique encore une fois “pour la bonne cause”)
  1. La construction de l’Acropole par détournement de fonds:

Enfin, un des grands apports de Périclès
à l’humanité est qu’il fit entreprendre la construction des plus beaux monuments de l’Acropole : le Parthénon, les Propylées, la gigantesque statue d’Athéna en or et en ivoire (une des sept merveilles du monde)… Là encore, il est difficile de décider s’il était plutôt un filou ou plutôt un génie:
  • AcropolePlutôt filou: évidemment, il puisa encore dans le trésor de la ligue de Délos
  • Plutôt génial: l’Assemblée d’Athènes, jugeant les dépenses trop lourdes, refusa un jour à Périclès les crédits qu’il réclamait pour les constructions:
    • «Très bien, dit-il: je paierai moi-même les travaux, mais je mettrai mon nom sur les monuments et non celui du peuple d’Athènes».
    • «À ces mots (nous dit Plutarque) soit par admiration pour sa grandeur d’âme, soit par jalousie, on ne voulut pas lui céder la gloire de tant de beaux ouvrages, tout le peuple s’écria qu’il n’avait qu’à prendre dans le trésor de quoi en couvrir les frais et de ne rien épargner.» =>Lol.
  • Plutôt (voire franchement) filou: malheureusement, les cités “alliées” d’Athènes dans la ligue de Délos, exaspérées de ce détournement, voulurent elles-mêmes se détourner d’Athènes : c’est alors que toute tentative de quitter la Ligue fut réprimée dans le sang
  • [Plutôt génial : avouons tout de même que, égoïstement, on est très contents de l'Acropole]
The end — L’impérialisme athénien ne trompait plus personne : la Guerre du Péloponnèse (431-404) éclata, avec Sparte comme principale adversaire d’Athènes; au bout de deux ans, Périclès trouva la mort au cours d’une épidémie de peste (ou de typhus?) et au bout d’une trentaine d’années, Athènes, battue, sortit définitivement affaiblie − et toute la Grèce avec elle, entamant un long déclin… (Ce fut au tour des Macédoniens, et notamment d’Alexandre le Grand, de prendre la relève!)
=> Bref, je vous avais dit que c’était moyen facile de juger du bilan!
QDJB : Qui était Armand Jean du Plessis, duc de Fronsac, mort en 1642?
Et maintenant bon 8 mai, happy 70’s anniversary, vive la France, vive De Gaulle & la fin de la guerre, tout ça tout ça!

Aude
 
*kassdédi Eric et Selçuk ;)


[1] La liste est longue et pas du tout exhaustive: Aristophane, Thucydide, Hérodote, Phidias, Eschyle, Platon, Socrate, Euripide, Sophocle, Alcibiade, Polyclète, Miltiade, Thémistocle, Protagoras, Anaxagore, etc etc…
[2] (On n’oublie pas que la démocratie ne concernait bien sûr pas les esclaves, qui représentaient peut-être un tiers de la population)
[3] (=terme antique pour désigner les non-citoyens)
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