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1515? Marignan!

On 28/11/2014 by admin

Hello !

Bravo à Briac pour sa bonne réponse à la question : Quelles étaient les armées combattues par François Ier en 1515 à Marignan ?: c’étaient les armées Suisses (et milanaises) – et, pour répondre à vos interrogations : non, je n’ai aucune aigreur envers les salesSuisses qui nous ont piqué ont remporté la Coupe Davis.

Marignan, au-delà d’être, bizarrement, « la » date la plus connue de l’Histoire de France avec 1789 (tout le monde a déjà entendu « 1515 ? Marignan ! » ou vice versa), est en réalité un peu comme le médaillon d’Isis Novnak de Gad Elmaleh : pas grand monde ne peut faire son malin et en parler réellement.
Pourtant le contexte est intéressant : c’est celui des guerres d’Italie, où l’on a dépensé des sommes fabuleuses pour un rêve chimérique : reconquérir « nos » territoires, qui appartenaient à la France de droit mais à l’Italie de cœur. Bien évidemment, comme on ne peut pas se battre longtemps contre la volonté d’une population, la France a perdu la guerre (sauf la bataille de Marignan qui fut grandiose) – mais elle a gagné bien mieux (en quelque sorte) : les trésors culturels de l’Italie, qui ont insufflé un élan extraordinaire à notre « Renaissance française » – la Renaissance la plus stylée au monde, of course.

Même si cette victoire ne fut donc qu’éphémère, beaucoup de choses importantes – comme la fameuse neutralité suisse ou l’autonomie de l’Eglise de France vis-à-vis de Rome – en découlent. Intéressons-nous donc un peu cette bataille mythique et ses acteurs, ne serait-ce que pour avoir quelque chose à répondre, la prochaine fois que Tonton Albert dira “1515?! Marignan!“.

 

  1. Les guerres d’Italie et l’ambition d’un tout jeune roi :
  1. 1515, la première année du règne de François Ier

La bataille de Marignan est connue avant tout parce qu’elle est la première grande bataille du jeune roi François Ier, le lendemain de ses 21 ans : il venait tout juste de succéder à son beau-père, le roi Louis XII.

  • Louis XII était plus connu pour sa femme (la peste Anne de Bretagne) que pour son propre règne ; il mourut le 1er janvier 1515 (date facile à retenir), en laissant une fille unique : la petite et rondelette, mais bonne et douce reine Claude (du même nom que la petite et rondelette mais bonne et douce prune reine-claude) (Coïncidence ? Je ne crois pas, puisque la prune a été nommée ainsi en l’honneur de la reine[1]).
  • Grâce à son mariage avec Claude, François Ier devint roi. Grand et fougueux gaillard de 1m94, cultivé et séduisant, il était impatient de montrer au monde entier à quel point il était fort et stylé (comme sa maman, une vraie mère juive qui l’idolâtrait et l’appelait son « César », le lui avait toujours répété). Il décida donc de continuer les guerres d’Italie entamées par ses prédécesseurs et de réclamer ses droits familiaux dans le duché de Milan, qui était un des plus grands et riches États de l’Italie à l’époque très morcelée. Il s’agissait aussi de venger l’honneur de la France, qui avait perdu tous ses territoires italiens deux ans auparavant…
  1. Les atouts de l’avant-bataille

Audacieux, François Ier décide de franchir les Alpes par un col extrêmement escarpé (il voulait sûrement être Hannibal, en plus d’être le César-à-sa-maman). C’est bien joué : il réussit à contourner les petits Suisses, qui l’attendaient sagement ailleurs, et réussit à provoquer une vraie surprise.
Il pouvait également compter sur une armée importante, dotée de canons (armes nouvelles à l’époque) et surtout remplie de héros : il y avait entre autres La Palice (celui des lapalissades[2]), Louis II de la Trémoille, auquel une rue du 8ème est dédiée (cf carte !), et puis, bien sûr, le plus connu : le chevalier Bayard, dit « le Chevalier sans peur et sans reproche »qui a donné son nom aux éditions et sa devise au lycée Stan[3] -: un héros à l’ancienne comme on les aime, capable de mettre en fuite, tout seul, 200 Espagnols, ou de protéger chevaleresquement les vaincus des pillages et des viols… bref, une légende vivante.

Enfin, grâce aux tractations diplomatiques qui divisèrent les confédérations suisses entre elles, l’armée française se retrouva presque deux fois plus nombreuse que l’armée suisse… (ha ça rigole moins maintenant, Federer, hein ?).

 

  • II. Une bataille meurtrière avec des répercussions importantes :

    1. De la fougue, du panache et des Vénitiens
    Les négociations de paix faillirent aboutir, mais, sentant que la bataille allait être évitée, un cardinal suisse fit croire par ruse à une attaque des Français pour forcer le combat.
    Aussitôt, l’artillerie française se déchaîna, les Suisses défoncèrent la première ligne française, François Ier lança une charge -tout à fait fougueusement- à la tête de 200 hommes contre un détachement de 4000 Suisses… Le combat fut extrêmement disputé et meurtrier (16 000 morts, ce qui est considéré comme la bataille occidentale la plus sanglante depuis l’Antiquité !) et le corps à corps se poursuivit si tard dans la nuit que, la lune ayant disparu, plus personne ne pouvait différencier les amis des adversaires. François Ier s’endormit sur un canon, juste à côté de ses ennemis…
    Dès l’aube, la bataille reprit de plus belle – mais vers 8h du matin, les Suisses commencèrent à triompher: le désespoir gagna le camp français. Soudain, inattendue, la cavalerie des alliés Vénitiens déboula en renfort, pulvérisant les lignes suisses. Sauvés !
    François Ier, triomphant, demanda au héros parmi les héros, le Chevalier Bayard, de l’adouber chevalier le lendemain, ce qui renforça le côté romanesque de cette bataille.

    1. Les conséquences de la bataille :

    La bataille eut un retentissement européen et le prestige qu’en tira François Ier, grâce à sa bravoure, fut considérable :

    • C’est l’origine de la très fameuse neutralité suisse (eh oui!!):

    Par la Paix perpétuelle de Fribourg, les Suisses obtiennent une forte compensation financière contre la promesse de ne jamais plus combattre la France ou de n’être recrutés que pour elle – traité qui fut toujours respecté par les Suisses (jusqu’à la Révolution où la France les envahit).

    • C’est la confirmation de l’autonomie politique et religieuse en France vis-à-vis du pape  :

    François Ier signa avec le pape le concordat de Bologne qui régit les relations entre l’Église et le roi jusqu’à la Révolution : il donnait au roi un contrôle religieux presque total, notamment pour nommer les évêques

    • Enfin, la France règna pendant 10 ans sur le Milanais, s’inspirant de ses richesses culturelles pour rentrer de plain-pied dans la Renaissance – c’est ainsi que François Ier ramena dans ses bagages Léonard de Vinci (qui ramenait, lui, dans ses bagages la Joconde !) – mais aussi, militairement, pour tirer les leçons des nouvelles armes à feu en opérant une mutation rapide de son armée.

    La question du jour bonjour que vous attendez tous est: Qui entama une « marche du sel » en 1930 ?
    See u mardi pour la réponse et bon week-end d’ici là !

    Aude


    [1] Il y a plein de jeux de mots à faire sur elle : elle se prénomme Claude et elle claudiquait(=boîtait). Meilleure reine en matière de prénom.
    [2] Sur la tombe de ce héros fort honorable, sa veuve fit graver « Hélas, s’il n’était pas mort / Il ferait encore envie », rapidement passé dans le langage populaire comme « S’il n’était pas mort / il serait encore en vie » – et un chansonnier en tira une chanson extrêmement drôle avec 50 strophes à base de « Il n’eût pas eu son pareil / S’il avait été seul au monde », « Sitôt qu’il eut les yeux clos / Aussitôt il n’y vit goutte », « On croit, puisqu’il en est mort, / Que la plaie était mortelle », « Et le jour de son trépas / Fut le dernier jour de sa vie. ». (Moi je ris beaucoup.)
    [3] La devise de Stan : « Français sans peur, chrétien sans reproche. ». Boum.
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