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Rosa Parks – debout parce qu’elle était assise

On 14/11/2015 by admin

Hello (it’s me),

La question du jour bonjour était Quelle femme a refusé, en 1955, de céder sa place à un passager blanc dans l’Etat de l’Alabama? et Héloïse LeM a gagné : well done girl!

—- La petite histoire —-
Il y a 60 ans presque jour pour jour (=le 1er décembre 1955), à Montgomery dans l’Alabama, Rosa Parks, couturière de 42 ans, tranquillement assise dans son bus, se voyait demander par le chauffeur de laisser sa place à des Blancs.
Et, contrairement aux autres Noirs autour d’elle qui obtempérèrent, elle décida de refuser.
Le chauffeur la menaça d’appeler la police : “Faites donc” (“You may do that“), répondit-elle.
➢  Elle passa la nuit en prison, fut condamnée à une amende qui équivalait à 600 fois le prix de son billet et se pourvut en cassation. Un formidable mouvement de boycott des bus se mit en place pour la soutenir, et, un an plus tard, la victoire complète était obtenue : la ségrégation dans les transports était abolie.

Ca, c’est l’histoire que l’on connaît tous.

 

 

—- La moins petite histoire —-
Rosa Parks, une citoyenne engagée 

Ce que l’on ne sait moins, c’est que (contrairement à ce que dit Obispo dans son chef d’oeuvre), Rosa Parks n’était pas la “première Noire à avoir osé dire non”, loin de là : entre (beaucoup) d’autres, une autre femme avait, dix ans plus tôt, obtenu l’égalité dans les transports inter-Etats exactement de la même manière.
Et, surtout, à peine quelques mois plus tôt, une adolescente de 15 ans, Claudette, avait également refusé de céder sa place à Montgomery − ce que Rosa Parks savait très bien, puisqu’elle était conseillère à la NAACP locale (=la plus importante organisation de défense des Droits Civils) et qu’elle avait elle-même aidé à lever des fonds pour payer la défense de Claudette.

Alors pourquoi Rosa Copieuse Parks est-elle devenue célèbre et pas Claudette (et les autres claudettes) ?

1. Parce que, juste après son arrestation, cette petite sotte de Claudette  eut la (très) mauvaise idée de tomber enceinte, d’un homme marié de surcroît. ComboLose. → du jour au lendemain, elle passait du statut de parfait étendard pour la Cause à celui de miss-Gleeden à peine pubère. Et voilà comment on ne se fait pas dédicacer des stations de RER.

2. Parce que, pour soutenir Rosa, il y a eu des gens particulièrement exceptionnels.

Sous-point du 1 — : “Est-ce que Rosa a fait exprès de se faire arrêter ?
La réponse est oui (oh!). Mais quand-même non (ha!).

  • Carte USA - AlabamaOui, parce que Rosa avait sans doute déjà anticipé l’éventualité de son arrestation : son mari et elle étaient engagés de (très) longue date dans le mouvement des Droits Civiques, et, trois jours avant ce 1er décembre 1955, elle était allée au Tennessee pour assister à un meeting qui parlait de désobéissance civile non-violente[1]. Motivée.
  • Mais non, parce que Rosa n’avait sans doute pas envie d’être arrêtée étant donnés les risques (la prison, mais surtout le reste, car l’époque n’était pas très sweet home Alabama : les menaces de mort, le licenciement de son mari + le sien, leur déménagement forcé…). D’ailleurs, elle ne s’était pas assise sur une place réservée aux Blancs : elle était au milieu, dans les places réservées-aux-Noirs-tant-que-les-Blancs-n’en-avaient-pas-besoin − et il a fallu deux hasards pour qu’elle soit mise au pied du mur : 1. qu’un Blanc réclame sa place, et 2. que le chauffeur de ce soir-là se trouve être un raciste-jusqu’au-boutiste (qui, douze ans plus tôt, l’avait déjà humiliée en la forçant à descendre du bus et remonter par l’arrière, parce qu’il était interdit à un Noir de marcher dans l’allée des Blancs => il avait immédiatement redémarré sans qu’elle ait eu le temps de remonter et elle était finalement rentrée à pieds chez elle).
  • Bref, comme elle le résuma très bien plus tard : “Ce soir-là, je n’étais pas fatiguée physiquement, en tout cas pas plus qu’après n’importe quelle autre journée de travail. La seule fatigue que j’avais était de céder“. (♥).

Sous-point du 2 — : il y a eu des gens particulièrement exceptionnels :
L’autre chose que l’on sait moins, ce sont les sacrifices que les 40 000 Noirs de Montgomery ont fait pour soutenir Rosa: parmi tous ces gens, de tous âges, qui avaient besoin du transport pour aller au travail, ou à l’école, ou simplement se déplacer, une écrasante majorité, presque la totalité (96%) s’organisèrent dès le lundi qui suivit pour aller à pieds (parfois sur des dizaines de kilomètres et souvent sans chaussures), ou organiser des tournées de covoiturage, voire abandonner leur école ou leur métier, … et le boycott dura 381 jours.

  • Du coup, du jour au lendemain, la compagnie de bus se trouva vidée (BIEN FAIT : les Noirs représentaient trois quarts de la clientèle), et la plupart des bus furent envoyés au chômage technique (la compagnie licencia 35 chauffeurs au bout de trois semaines[2]).

Et puis il y a eu Martin Luther King 

Portrait Rosa avec Martin 2Jeune pasteur de 26 ans à l’époque totalement inconnu, il galvanisa tout le monde et mit la ville en résistance par ses sermons et l’efficacité de son organisation. Et malgré les intimidations + une tentative de meurtre + l’incendie de sa maison + son arrestation et son emprisonnement pendant plus decinq mois, il continua pendant inlassablement à répéter, avec son inimitable style de pasteur baptiste : “Ayons assez d’amour pour transformer un ennemi en amialors-même que la colère de ses troupes était de plus en plus difficile à contenir.
Il disait aussi : « Si nous protestons courageusement, mais avec dignité et amour chrétien, quand les livres d’histoire seront écrits dans le futur, quelqu’un devra dire : “Là-bas vivait une race de gens, de gens noirs, de gens qui avaient le courage moral de se dresser pour leurs droits. Et, en faisant cela, ils ont injecté un nouveau sens dans les veines de l’Histoire et de la Civilisation ». (Et on a assez envie de revenir dans le temps lui dire qu’il a gagné son pari.)

La fin de l’histoire
La fin de l’histoire, c’est que malgré l’entêtement de la ville à faire appel (deux fois), la Cour Suprême des Etats-Unis condamna la ségrégation raciale dans les bus, et la ville dut s’incliner, le 20 décembre 1956. Merry Christmas.

  • En fait, cette fin est un peu un début : pendant dix ans, Martin Luther King accumula les combats de ce genre, jusqu’à ce qu’il obtienne la vraie égalité civile => dans la Constitution, l’égalité était inscrite de jure depuis la fin de la Guerre de Sécession (1868 : citoyenneté des anciens esclaves et 1870 : droit de vote), mais de facto, les lois de ségrégation (dépendant de chaque Etat − fondées sur le principe “separate but equal” de la Cour Suprême en 1896) et les obstacles mis au droit de vote (=il fallait payer des taxes qui éliminaient tous les pauvres et l’immense majorité des Noirs, et passer des examens, volontairement ardus quand il s’agissait de candidats noirs), sans compter les intimidations et autres lynchages, rendaient l’égalité purement fictive.
  • Dans ces dix ans, Martin Luther King organisa en août 1963 la plus grande marche qu’avait connu les Etats-Unis où il prononça son discours I have a dream (NB: la partie la plus célèbre du discours était, en fait, une improvisation : bogoss), gagna dans la foulée le Prix Nobel de la paix (c’était le plus jeune de l’Histoire à l’obtenir : grobogoss) et c’est en sa présence que le président Johnson signa la loi sur les droits civiques mettant fin à toute forme de discrimination en 1964 (accompagnée d’une Loi sur les droits de vote en 1965).

Et l’autre fin de l’histoire, c’est que Rosa Parks n’était pas parfaite (à mes yeux) : elle aimait moins Martin Luther King que le nationaliste noir Malcom X, son héros des Black Muslims (qui disait que les Blancs étaient des diables qui avaient été conçus par erreur dans le laboratoire d’un scientifique noir, Yakub => bref, c’est beaucoup moins mon héros), mais elle a eu droit à des funérailles nationales et à une statue au Capitole (hommage exceptionnel) + des rues et des écoles qui portent son nom (et puis elle a surtout eu Obispo, ce qui vaut tous les Capitoles du monde).
Mais la meilleure preuve que Martin LK avait raison, c’est que, à sa mort, la compagnie de bus de Montgomery offrit “son” bus à un musée, avec la pancarte: « La société de bus RTA rend hommage à la femme qui s’est tenue debout en restant assise. » => Visiblement, les ennemis étaient réellement devenus les amis.

La question du jour bonjour est : qui est-ce? (facile, vous savez)

Kisses,
Aude


[1] [mais aussi de trois meurtres récents au Mississipi : deux activistes avaient été, l'un après l'autre, tués en pleine rue + un adolescent avait été torturé, mutilé, puis noyé − et ses meurtriers venaient d'être acquittés (d'ailleurs, tranquillou, les meurtriers racontèrent tous les détails, deux mois plus tard, dans un interview, puisqu'ils savaient qu'ils ne pouvaient plus être condamnés pour la même accusation)]
[2] … qui furent souvent réemployés dans la police de la ville pour vérifier chaque voiture de covoiturage des Noirs (et si possible leur nuire le plus possible)

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