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La première maire de France : simplement une belle femme

On 09/12/2014 by admin

Hello guys,

La question du jour bonjour, qui était « A l’occasion de quelle guerre la première femme maire de France fut-elle désignée ? » permet d’aborder la Première Guerre Mondiale (enfin!) sous un angle un peu inattendu. Bravo à Martin T. ![1])
Faisons un point de ce que nous savions jusqu’à présent sur la Première Guerre mondiale. En gros :

  1. Que cela avait été une boucherie avec des millions de morts et des dizaines de millions de blessés (en fait presque 20 millions de morts – dont la moitié de civils – et plus de 20 millions de blessés)
  2. Qu’il y avait eu des centaines de kilomètres de tranchées où se mêlaient de manière quasi indistincte boue, cadavres, obus et soldats
  3. Et que, comme Kirk nous le rappelle dans Les Sentiers de la Gloire, il y avait eu l’attente, -absurde, asphyxiante, éternellement recommencée- du prochain assaut afin de gagner, hypothétiquement, quelques mètres qui seraient repris la semaine suivante par une contre-attaque ennemie.

>> Bref, c’est assez pour avoir la nausée – et du mal à se plonger dans les commémorations 1914-2014, malgré la culpabilité à l’idée de ne pas s’intéresser à ceux qui se sont sacrifiés pour nous (dont certains étaient des ancêtres à nous pour de vrai).
Saisissons donc une parade et intéressons-nous à une partie qu’on ne connait pas du tout : une héroïne ordinaire devenue première maire de France pendant l’Exode et l’Occupation – thèmes qu’on croyait, innocents que nous sommes[2], réservés à la Seconde Guerre Mondiale.
Ahhh, enfin du nouveau.

 

  1. Les éléments qui nous rappellent nos révisions de brevet :

Kaiser Wilhelm

Vous vous souvenez bien sûr que les Boches Prussiens Casques à pointe Teutons Allemands, ces petits sacripants, avaient déclaré la guerre à la France le 3 août 1914. Ils étaient dirigés par le Kaiser Wilhelm (dont il est hors de question de pardonner le bellicisme sous prétexte que l’absurdité de sa moustache prouve son insuffisance intellectuelle) ; ils avaient violé la neutralité de la Belgique et défoncé rapidement nos lignes par le Nord-Est. (Les gredins)

La situation en septembre 1914 était donc catastrophique : tous nos combats d’août, ou presque, avaient tourné au désastre. Il y eut d’ailleurs plus de morts le premier mois de la guerre que pendant quatre mois de bataille à Verdun (parmi eux

Péguy – ce poète, ce héros – mort d’une balle en plein front alors qu’il menait ses hommes au combat et les exhortait à ne pas « céder un pouce de terre de France » à l’ennemi).

La marche des Allemands semblait inexorable et menaçait même Paris – Ligne de frontjusqu’à la fameuse bataille de la Marne (mi-septembre), dont on se souvient grâce à l’anecdote des taxis de la Marne (Rappelez-vous votre prof de 3ème qui expliquait que l’armée devait envoyer très rapidement des troupes, et que, les trains étant désorganisés, Galliéni avait pensé aux taxis ? –> vous aurez désormais quelque chose à raconter sur le terminus de la ligne 3).

  • Le front se stabilisa en septembre – mais, entre la fin du mois d’août et la victoire de la Marne, les Allemands avaient eu le temps de s’emparer de Soissons… Et cela vaut le coup d’être raconté.

 

  1. Les éléments qui ne nous rappellent pas du tout nos révisions du brevet : la prise de Soissons et les exactions allemandes

Pendant l’avancée ennemie, les troupes allemandes, peu contrôlées, commirent des milliers d’exécutions sommaires[3]; prirent des civils en otage ; organisèrent les pillages – bref, plongèrent la population dans la terreur et jetèrent indirectement des milliers de réfugiés & leur baluchon sur les routes => remplacez les voitures par les chevaux : vous avez, avec 25 ans d’avance, l’Exode de mai-juin 1940.

Jeanne Macherez 2Dame imposante d’une soixantaine d’années, Jeanne avait été mariée à un riche industriel, élu député puis sénateur (aux côtés de Gambetta-Clémenceau-Hugo-Garibaldi – la sseucla) : à sa mort, elle s’engagea à plein temps dans les œuvres caritatives (Croix-Rouge, initiatives pour l’alimentation des bébés, aides d’urgence aux inondations, etc). Comme elle n’avait visiblement pas un caractère en carton, elle avait refusé de fuir lors de l’invasion et s’était plutôt préoccupée de transformer les châteaux avoisinants en hôpitaux de fortune (Downton Abbey, once again !) ou de récolter du linge et des fonds.

Bref, plutôt habituée à commander qu’à se soumettre, c’est à elle, par hasard, que se heurta l’Allemand qui venait prendre possession de l’hôtel de ville. Too bad pour lui. L’Allemand exigeait qu’on lui amène i-m-m-é-d-i-a-t-e-m-e-n-t le maire, sinon il incendiait la ville.
Problème : le maire était loin et le temps qu’on le retrouve, Soissons aurait eu le temps de brûler trois fois.
Pas-un-problème-finalement : Jeanne [dont le prénom n’est pas le féminin de Jean (Moulin) pour rien], répondit du tac-au-tac aux menaces de l’officier « Le maire, c’est moi ». Prends ça, Teuton.

  • Le général allemand accepta de traiter avec elle – et c’est ainsi que la première maire de l’histoire de France de facto devint cette femme simplement courageuse, qui aurait pu prononcer le fameux « Je n’aurais jamais cru qu’il soit si facile de faire son devoir » de Jean Moulin, et qui n’eut en tout cas pas peur de répondre « Vous m’aurez fusillée avant » quand les exigences ou les menaces de l’occupant devenaient trop intolérables.

Jeanne MacherezPendant 12 jours, désignée maire d’office, elle négocia âprement chaque réquisition allemande – puis, quand la ville fut reprise par les Français, sans se préoccuper d’elle-même, elle se retira en douceur et continua à organiser les hôpitaux et soigner les blessés.
Et même si elle ne réclama jamais rien, son dévouement avait fini par être repéré par les journaux : elle reçut pendant la guerre le prix de l’Académie des sciences morales et politiques ; et après la guerre, elle fut faite Chevalier de la Légion d’Honneur. Parce qu’elle le valait bien. Aujourd’hui, elle est surtout une incarnation du rôle anonyme des femmes pendant la Première Guerre mondiale – mais cette première maire méritait bien un détour.

La question du jour bonjour va faire plaisir à Axel : « Quel est le premier tsar de Russie, qui règna de 1547 à 1584 ? ».

Have a good day <3

Aude

Podium

Ps : dans ma dernière HDJB, j’ai commis une erreur dans le titre du livre chaudement recommandé : Cette nuit la liberté. Je ne disserterai pas sur le fait que j’écrivais la nuit et que ce n’est peut-être pas étranger à la confusion dans le titre ; en revanche je peux signaler le fait que, m’étant déjà enterrée vingt fois sous terre mentalement, j’ai eu de surcroît le bonheur d’apprendre que la petite fille de l’auteur était tombée sur mon HDJB et conséquemment AVAIT VU LA FAUTE. Un tel niveau de pasdechancisme étant proprement exceptionnel, je suis heureuse de vous informer qu’il va forcément m’arriver quelque chose d’exceptionnellement chanceux pour contrebalancer l’équilibre cosmique – je vous raconterai, mais d’ici là, mea culpa ; tendresse, Gandhi et chocolats.

 

[1] (Bravo, néanmoins, à tous ceux qui ont très logiquement déduit que, puisque les femmes n’avaient pas le droit de vote avant 1944, une maire ne pouvait dater que de la Libération / Seconde Guerre mondiale : c’est le cas par élection.)

[2] Merci au blog d’Odieux Connard de nous avoir réveillés. Pas seulement très drôle mais également intéressant, c’est pas mal pour un seul Odieux.

[3] Avec le centenaire, Jéjé G. m’avait parlé d’un maire, fusillé par les Allemands parce qu’ils étaient un peu énervés qu’il y ait encore des Français qui se défendent dans le village.

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