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L’assassinat de Jean Sans Peur

On 04/11/2014 by admin

Salut Vous (Ô Vous),

La question du jour bonjour était Quel duc de Bourgogne fut assassiné en 1419 sur le pont de Montereau par le futur Charles VII ? et le grand gagnant est G-E, avec Jean Sans Peur : bravo G-E !

NB : Rebondissons tout de suite sur une remarque d’un lecteur : dire que le dauphin Charles a assassiné son oncle Jean Sans Peur est un abus de langage puisque, dans les faits, celui qui porta le (premier) coup (de hache) à Jean Sans Peur est Tanneguy du Chastel, un fidèle parmi les fidèles du futur Charles VII.

Cela précisé, il reste indubitable que le futur Charles VII est le responsable de cet assassinat : c’est du moins ce que son époque et ce que l’Histoire ont retenu.

Alors, pourquoi cet assassinat ?
Cette histoire se déroule en pleine guerre de Cent Ans (vous savez, celle qu’on ne comprend pas trop?) et plus exactement en pleine guerre Armagnacs / Bourguignons (vous savez, celle dont on a vaguement entendu parler, une fois, peut-être, la nuit, de loin et de dos?).
La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas si compliqué. Et l’autre bonne nouvelle, c’est que c’est plutôt amusant – et qu’à la fin, vous aurez retenu :

  • Les débuts du roi que Jeanne d’Arc a fait couronner (=Charles VII)
  • Pourquoi Jeanne d’Arc a été totalement indispensable, étant donnés les problèmes engendrés par cet assassinat.

 

I. Contexte : la France dans la double tourmente de la guerre contre les Anglais (=Cent Ans) et civile (=Armagnacs/ Bourguignons):

1. La démence de Charles VI (dit “le Fou”) et la bataille pour le pouvoir:

Le père du dauphin, le roi Charles VI dit « le Fou » (1368-1422), avait des crises de démence qui l’empêchaient de régner. Son frère (duc d’Orléans) et son oncle (duc de Bourgogne) se partagèrent donc le pouvoir, devenant rapidement rivaux entre eux :

  • A la mort du duc de Bourgogne, son fils Jean Sans Peur (celui qui nous intéresse), se heurta de plus en plus à son cousin, le duc d’Orléans : il l’accusa non seulement d’usurper le pouvoir, mais (crime des crimes) d’être devenu l’amant de la reine. Ouch : accusation qui faisait très très mal, puisque cela impliquait que le jeune dauphin Charles était peut-être un bâtard (=fils du duc d’Orléans). Merci la légitimité pour le pauvre dauphin ! :
    • Armagnac vs Bourguignons v2un père fou et incapable de gouverner,
    • une mère infidèle,
    • un royaume gangrené par la présence des Anglois (on est en pleine guerre de Cent Ans)
    • et, comme si ces soucis ne suffisaient pas, sa filiation remise en cause…
  • Mais l’insolence du duc de Bourgogne Jean Sans Peur (qui portait bien son surnom[1] puisqu’il n’avait pas froid aux yeux) ne s’est pas arrêtée là : son cousin le duc d’Orléans avait trop d’influence sur le roi ? Qu’à cela ne tienne, il le fit assassiner en plein Paris, une nuit de 1407. L’enquête finit par remonter jusqu’à lui ? Qu’à cela ne tienne, il reconnut illico le crime et s’en vanta[2]. (L.o.l.)

=> C’est le déclenchement de la guerre Armagnacs / Bourguignons : le poète Charles d’Orléans[3], fils du duc assassiné, jura solennellement de se venger au moment de son mariage avec la fille du comte d’Armagnac.

 

 

  1. La puissance de Jean Sans Peur

Carte France 1419Douze ans plus tard, le duc de Bourgogne Jean Sans Peur était toujours plus puissant et toujours plus dangereux :

  • Il avait une alliance et une dépendance économique vis-à-vis des menaçants Anglais (il contrôlait la Flandre, qui tissait la laine anglaise)
  • Au cours de la guerre Armagnacs/ Bourguignons, ses partisans avaient menacé deux fois de suite la vie du dauphin Charles : le dauphin se trouva rejeté du côté des Armagnacs

>> Pourtant, même si Jean Sans Peur avait donné son allégeance au roi anglais, il était à court d’argent donc prêt à négocier avec le dauphin une trêve des hostilités.

 

 

II. L’assassinat sur le pont de Montereau, le 10 septembre 1419 :

  1. Le guet-apens :

En réalité, la volonté de négociation du dauphin n’était que de façade : il ne pouvait pardonner à Jean Sans Peur d’avoir mis le pays à feu et à sang depuis dix ans et de menacer son pouvoir.

  • Charles n’a que 16 ans en 1419 mais deux fois, à 10 et 14 ans, Tanneguy du Chastel avait dû le sauver in extremis des Bourguignons : a-t-il oublié ses terreurs, ses fuites et ses humiliations ? Certainement pas. Du coup, quand il propose une rencontre pour négocier (« C’est pas un piège, c’est à découvert au milieu d’un pont !»), son oncle est très méfiant (et il a bien raison : ses espions l’ont averti du guet-apens).
  • L’atmosphère est extrêmement lourde, mais Jean Sans Peur décide de faire confiance à la parole du futur roi. Il s’avance vers lui, en s’agenouillant, et déclare, plein de bonne volonté : « Monseigneur, après Dieu, je ne dois obéir qu’au roi [Charles VI] et à vous ; je viens vous offrir ma personne, mes biens et toutes les forces de mes alliés et bienveillants, si on a fait quelque rapport à mon désavantage, je vous prie de n’en rien croire, dis-je bien, Messieurs. »Assassinat Pont de Montereau
  • Le jeune dauphin joue alors son rôle (prévu à l’avance et peut-être un brin ironique): « Vous dites si bien, qu’on ne peut mieux ; levez-vous, beau cousin »

Pour se lever, comme le roi le lui demandait, Jean Sans Peur ne pouvait pas ne pas, par réflexe, s’appuyer sur le pommeau de son épée : c’était le geste qu’attendait l’entourage du dauphin pour trouver un prétexte à l’assassinat.

  • Un seigneur s’écrie, faussement effrayé : « Mettez-vous la main à vostre épée en la présence de Monseigneur le dauphin ? ». Et aussitôt, Tanneguy du Chastel, sans attendre que le duc ait eu le temps de répondre, lui assène un énorme coup de hache à la tête. Bim. (Selon le chroniqueur des Bourguignons, il aurait ajouté, en le donnant : « Monsieur de Bourgogne, entrez là-dedans ! ».)
  • Après ce premier coup, ce fut, paraît-il, une vraie boucherie : le pauvre duc fut lacéré et mis en bière (au sens propre du terme puisque mis dans une grande barrique et promené !)

=> Douze ans après son assassinat, le duc d’Orléans est enfin vengé.

2. L’assassinat de Jean Sans Peur : une faute politique?

  • Bien sûr, pour justifier leur geste, les Armagnacs prétendent qu’ils ont craint pour la vie du dauphin quand Jean sans Peur a mis la main à l’épée. Mais le parti des Bourguignons et les Anglais (qui ne sont pas idiots et qui n’attendaient qu’un prétexte pour justifier de déshériter le dauphin), arguant de sa déloyauté et de sa traîtrise, font signer à son chancelant père Charles VI le désastreux traité de Troyes (1420) qui stipule que le dauphin est bâtard (il y est nommé le « soi-disant dauphin de Viennois ») (Ouch) déchu de son héritage du fait de cet assassinat (« en raison de ses crimes énormes ») (re-Ouch) et que le vrai roi sera donc le fils du roi d’Angleterre avec la fille de Charles VI le Fou (re-re-Ouch). => Bref, la ca-ta.
  • C’est le début de dix ans de triomphes anglais, dont Charles VII ne se serait jamais sorti sans une certaine Jeanne d’Arc, en 1429… (mais ça, c’est une autre histoire !)

La question du jour bonjour : « A quelle guerre (dates, thème ou nom) assez peu glorieuse la place du Trocadéro fait-elle référence ? »

Je vous embrasse,

Aude

Podium du 4 nov
[1] Jean Sans Peur, fils de Philippe Le Hardi, père de Philippe Le Bon et grand-père de Charles Le Téméraire, fait partie d’une dynastie des ducs de Bourgogne qui comprend 100% de surnoms stylés
[2] Pour se protéger d’éventuelles représailles, il fait construire une tour fortifiée dans son hôtel des ducs de Bourgogne : au sommet de la tour, il installe sa chambre à coucher, avec aucune fenêtre et une porte minuscule et toujours fermée à clef (histoire de dormir tranquille). Cette tour se dresse toujours au 20 de la rue Etienne Marcel à Paris, donc go!
[3] Je l’aime beaucoup parce qu’il a passé la moitié de sa vie en prison chez les Anglois : il y pleurait sa doulce France et sa mélancolie en jolis poèmes. (Finalement, les Anglois ont bien fait de l’enfermer – sinon, pas de poésies pour nous aujourd’hui)

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