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“Le courage donne ce que la beauté refuse” (devise de Du Guesclin)

On 09/01/2015 by admin
Chers tous,

 

Si vous avez besoin de vous remonter le moral en ce début d’année endeuillé, Du Guesclin -qui préférait lui aussi largement mourir debout que vivre à genoux- est votre homme.
Bertrand Du Guesclin (1320 – 1380) (bravo Hugues Ch.!) a longtemps fait partie de la grande Histoire de France enseignée à l’école – même si nous connaissons mal, maintenant, ce héros de la Guerre de Cent Ans, immensément sympathique mais et plein de défauts (bref, typiquement Français en somme) dont le nom évoque vaguement un glorieux chevalier.

Il mérite pourtant d’être connu, ne serait-ce que pour son magique gisant conservé à Saint Denis (si ridiculement petit qu’on croirait celui d’un enfant) ou pour sa laideur passée dans les annales (sa mère, très belle, le haïssait -dit-on- d’être l’enfant “le plus laid de Rennes à Dinan”: cimer Maman) : bref, cet homme donne de l’espoir (“Si lui est devenu un glorieux chevalier, qu’est-ce que je deviendrai, moi”).

Brutal, analphabète, fanfaron – mais attachant parce qu’énergique, audacieux, désintéressé, il n’a cessé de se battre jusqu’à parvenir à la plus grande charge militaire de France (lui qui était de petite naissance)- tout en gagnant le respect du peuple, du roi de France, mais également – et c’est plus rare!- des frères du roi et des grands nobles dont on aurait pensé qu’ils l’auraient férocement jalousé. (Cette estime généralisée explique d’ailleurs pourquoi autant de statues lui furent édifiées en France à sa mort…)

 

I. Le Dogue de Brocéliande ou Comment se battre quand on est en infériorité

  1. Laideur et bellicisme : la rage de prouver sa valeur

L’enfance extrêmement tumultueuse de Du Guesclin (et sa laideur!) ont décidé de son destin : un éternel bagarreur, forcé de trouver des ruses pour combattre plus fort que lui:

  • Quand Du Guesclin naît en 1320 dans un petit château de Bretagne, la guerre de Cent Ans (1337-1453) n’a pas encore commencé : aîné de famille, petit, la peau brune et hirsute ‘comme un sanglier’ et les cheveux noirs et crépus, il ne ressemble pas à ses frères cadets et sa mère lui refuse le droit de s’assoir à table. Evidemment, il devient d’autant plus turbulent et bagarreur qu’il est peu considéré (même les domestiques le maltraitent) − si bien qu’il finit par s’évader à 16 ans de chez ses parents qui l’enfermaient (bien obligés, il faisait les 400 coups). Il se réfugie chez son oncle à Rennes : à cet âge, hormis les  bagarres de rue où il excelle, il ne sait pas faire grand chose (ni lire, ni écrire, ni être chevalier)…
  • Un jour, un grand mariage a lieu à Rennes − et, évidemment, comme toujours à l’époque, un grand tournoi est organisé pour l’occasion. Bertrand supplie son cousin de lui prêter armes & cheval : exaucé, il baisse son heaume, enlève tout blason qui l’identifierait et provoque en duel le premier chevalier venu.
  • Le mystère de son identité provoque une curiosité dans la foule − mais surtout, il défait, un à un, chacun des 15 chevaliers qui se succèdent pour essayer de le vaincre (en abaissant seulement sa lance devant son père qui voulait le défier, ignorant qui il était). La liesse populaire est à son comble : quand Bertrand est enfin battu et identifié, son père, débordant de fierté, s’aperçoit que le héros du jour est son sale-rejeton-de-fils => finalement, il n’était peut-être pas si perdu que cela pour l’humanité. Puisque c’est comme ça mon fils, je t’armerai écuyer.

2. La guerre des forêts contre l’Anglois
Débute alors la “guerre de la Succession de Bretagne” (en gros, celle-ci oppose un candidat “de la France” à un candidat “des Anglais” pour hériter du duché) : Bertrand recrute une bande et s’engage pour le camp français.

  • A cette grande époque de la guerre courtoise, les armées s’affrontent traditionnellement en plaine (se rajoutent des codes abscons : par exemple ne jamais reculer, afin de prouver qu’on est un chevalier – le truc pratique) : évidemment, Du Guesclin, moyennement conventionnel -vous l’aurez compris-, adopte une stratégie nouvelle: la guerre de harcèlement. Sa bande mène des attaques éclairs, prenant souvent des forteresses par ruse et parfois avec des déguisements (y compris des déguisements de femme) pour pallier l’infériorité numérique, avant de se réfugier dans leur repère : la vaste et légendaire forêt de Brocéliande (celle de Merlin l’Enchanteur et de la fée Morgane, qui se situe au centre de la Bretagne)
  • Il accumule les coups d’éclat[1] qui le rendent immensément populaire : il est d’ailleurs une telle calamité pour les Anglais que ceux-ci le surnomment “le dogue noir de Brocéliande“. (Robin des Bois n’a qu’à bien se tenir).
  • Ce qui est véritablement intéressant est qu’il fait davantage la guerre en partisan qu’en soldat dans cette époque où se vendre au parti le plus offrant est presque une évidence – il jure de bouter l’Anglois[2] où qu’il le trouve, mais ne s’attaque pas aux voyageurs.
    • [Evidemment, au milieu de ces combats, il rencontre une belle jeune fille, aussi biche qu'il est dogue : il tombe éperdument amoureux d'elle (et à la fin, il l'épouse parce qu'elle l'aime malgré sa laideur - CoeurCoeurCoeur) d'où sa devise "Le courage donne ce que la beauté refuse"]

Enfin, dès 1350, sans attendre la fin du conflit, il entre au service du roi de France : c’est l’ascension du t’es mignon mais t’es un tout petit Breton.

 

II. Un héros français : l’ascension du tout petit Breton

Très vite (en 1357), ayant par hasard démontré sa bravoure sous les yeux de Charles V, une estime solide noue les deux hommes : d’un côté, le roi, que la main malade empêchait de brandir une épée et qui s’était vengé en étant particulièrement sage et réfléchi; de l’autre, Du Guesclin, rustre mais courageux, bagarreur mais sans ambitions politiques personnelles. Les deux hommes s’admirent mutuellement pour leurs qualités complémentaires…

  • La France est exsangue ; la catastrophique paix de Brétigny (1360) donne le quart du territoire aux Anglais ; le trésor est vidé par la rançon de Jean II le Bon (le mal nommé) et de graves troubles internes (Etienne Marcel et Charles Le Mauvais) déstabilisent le royaume.
  • Heureusement, en 1364, Du Guesclin remporte une magnifique victoire à Cocherel en battant les troupes de Charles le Mauvais (Ouf, bon débarras).Bertrand déploie sa stratégie de harcèlement contre les Anglais, qui employaient justement cette technique (ce sont les fameuses “chevauchées du Prince Noir”) et il les bat, petit bout par petit bout, sur leur propre terrain.
  • Devenu indispensable au roi de France, il est libéré, quand les Anglais réussissent à le faire prisonnier, pour une somme exorbitante[3] pour l’époque : en retour, le jeune roi lui demande de débarrasser le royaume des Grandes Compagnies (=bandes de mercenaires inemployés qui mettent les campagnes à feu et à sang). Malin, il trouve une guerre à ces mercenaires et les emmène en Espagne combattre Pierre ler Le Cruel (qui porte bien son nom – notamment pour les odieux traitements qu’il réserve à sa femme, nièce du roi de France, qu’il finit par assassiner)(poor one).
    • NB : Malheureusement, au cours de cette guerre, une bataille rangée “classique” est menée contre son avis (lui qui préfère le harcèlement méthodique) : lourdement vaincu & fait prisonnier, Bertrand se voit demander par Pierre le Cruel de fixer lui-même le prix de sa rançon. Cet idiot la chiffre à une somme folle – affirmant orgueilleusement que la moindre paysanne de France sera trop heureuse de payer pour sa libération. (Ok, ok, cette stupide arrogance est validée comme son plus gros défaut). (Mais je lui pardonne tout de même parce que: ) il finit évidemment, happyendingly, à vaincre Pierre Le Cruel et le tuer de ses mains. (“Ca t’apprendra à me faire prisonnier”)

Dans la foulée, il est convoqué par le roi à Paris et nommé “connétable” (=charge désignant le chef de l’armée française; le nom vient de “comte de l’étable”) : incalculable honneur[4] pour un homme d’aussi petite extraction. Du Guesclin jure alors de porter son épée “nue” jusqu’à ce que l’Anglais soit chassé de France… Promesse qu’il réussit (presque) à tenir!

  • En effet, dix ans plus tard, le quart du territoire a été quasiment libéré (hormis quelques villes) – soit presque ce qui avait été perdu par la paix de Brétigny…
  • Lorsqu’il meurt en 1380 de maladie, à Châteauneuf-de-Randon, le gouverneur de la place se rend à la fin de la trêve en respect de sa parole donnée et vient solennellement déposer les clés de la forteresse sur le cercueil du héros!
  • Le convoi funéraire de Du Guesclin est arrêté, par ordre de Charles V : le roi veut lui faire l’immense honneur de mettre son tombeau à côté du sien, en la basilique royale de Saint-Denis : trop chou. C’est le premier personnage non royal à rentrer dans la nécropole! (Raison de plus pour y aller).

 

La question du jour bonjour est Quelle femme se suicide en 509 avant Jésus-Christ, suite à son viol par Sextus Tarquin?

May the peace be with you,

Aude


[1] (il crée par exemple une diversion pour attirer les Anglais hors de leur camp, pille leurs réserves de viande et de vin et rapporte des charrettes entières dans Rennes assiégée et affamée…)
[3] (environ 15 millions de nos euros actuels)
[4] Le dialogue entre le roi et Du Guesclin a été scrupuleusement noté et c’est assez émouvant de savoir comment parlait le roi (et Bertrand!) à l’époque :
« Bertrand Du Guesclin, nous vous faisons grand connétable de France ; vous devenez notre cousin, et qui vous offensera commettra envers nous le crime de lèse-majesté. Nous vous remettons l’insigne de votre charge, cette épée à poignée d’or émaillée de nos fleurs de lys.
– Cher sire et noble roi, répond Du Guesclin, je ne veux, je ne peux et n’ose contredire à votre bon plaisir, mais il est bien vrai que je suis un pauvre homme, de basse venue. Voici mes seigneurs vos frères, neveux… Comment oserais-je commander sur eux?
– Messire Bertrand, ne vous excusez point, car je n’ai frère, cousin, neveu, ni comte, ni baron, en mon royaume, qui n’obéisse à vous, et s’il en était autrement, il me courroucerait si fort  qu’il s’en apercevrait ; prenez l’office joyeusement et je vous en prie”
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