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Marco Polo, “il Milione” qui valait 1000 lires

On 24/07/2015 by admin
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La question du jour bonjour était Quel marchand vénitien, célèbre pour son Livre des Merveilles, servit Kubilaï Khan, l’empereur mongol? et il s’agissait de Marco Polo:

Marco PoloMarco Polo (1254-1324) est en général un explorateur qu’on aime bien, parce que c’est lui qui aurait ramené les pâtes de son voyage en Asie (Du coup je lui ai dressé un autel à sa gloire dans ma cuisine. #LesSpaghettisC’estLaVie)[1].

Né en 1254 et parti de Venise en 1271 pour un voyage qui dura 24 ans, il n’est pas le premier à être allé jusqu’en Chine, mais il est infiniment plus connu que ceux qui l’ont précédé.
Pourquoi? Tout simplement parce qu’il a eu la bonne idée de publier un livre afin de raconter tout ce qu’il avait vu (et aussi tout ce qu’il n’avait pas vu) : le fameux Livre des Merveilles…

  • Le livre porte bien son nom, puisqu’il contient exactement de quoi faire rêver les hommes de toutes les époques : un grand roi tout-puissant et bienveillant, de l’exotisme, de l’enchantement, des pierres précieuses à millions − et en prime la description des mœurs légères des très très hospitalières femmes asiatiques. [Bref, de quoi donner envie à n'importe quel Vénitien de s'embarquer immédiatement pour aller vérifier tout cela de plus près. Juste par amour du savoir bien sûr.]
  • Et surtout, ce livre, qui raconte des choses merveilleuses également au sens propre du terme (ex: des serpents larges comme des tonneaux et des hommes sans tête avec des yeux au milieu du corps. Si, si.) a fait rêver les hommes du Moyen-Âge − qui, pour leur immense majorité, ne s’éloignaient pas d’une surface de 30km² dans toute leur vie −, au point qu’il est devenu le 2ème best-seller avant l’invention de l’imprimerie[2].
  • => Le récit de Marco Polo reste quoiqu’il en soit fondateur de la littérature de la route de la Soie et des grandes explorations.

Carte Méditerranée

 

Marco Polo, un grand marchand dans une grande ville marchande:

Ce qu’on a un peu oublié, c’est qu’en 1254 – à l’époque de la naissance de Marco Polo[3]-, le Français était certes la langue la plus parlée de l’Occident (#C’EtaitMieuxAvant), mais surtout, depuis deux siècles, le plus grand port & empire maritime dominant la Méditerranée était Venise[4]:

  • « La Sérénissime » n’était pas seulement la ville qu’on connaît actuellement : la République de Venise étendait son territoire et ses comptoirs jusqu’en Egypte, où elle avait l’exclusivité du commerce avec le sultanat mamelouk ; elle contrôlait même l’Empire latin de Constantinople depuis que − la fourbe − elle avait détourné la quatrième croisade en exigeant des Croisés (1204) qu’ils pillent la capitale byzantine, pourtant chrétienne, pour rembourser leur voyage, au lieu de les amener comme prévu combattre en Terre Sainte. Cupide.
  • Quadrige SérénissimeBref, principal intermédiaire commercial entre l’Orient (=cultures musulmane et byzantine) et le monde chrétien, la ville regorgeait de richesses et de commerçants. Logiquement, le père et grand-père de Marco étaient eux-mêmes marchands; mais surtout, le père de Marco était parti, quelques mois avant sa naissance, pour un voyage de 15 ans au cours duquel il avait rencontré le Grand Khan, c’est-à-dire le grand roi des rois: Kubilaï Khan.

 

Voyage au pays du Grand Khan:

Kubilaï Khan, empereur à grosses joues et petits yeux, était infiniment plus sympa que son grand-père, le célèbre Gengis Khan − ce qui n’est pas trop dur, étant donné que ce dernier était responsable de la mort de 30 à 40 millions de personnes lors de sa conquête de l’immense empire mongol (=environ 1/6e de l’humanité à l’époque, record battu).

  • Kubilaï et Gengis 2Kubilaï, abandonnant la tradition nomade de ses aïeux mongols (il choisit Pékin, “Khanbalik”, comme capitale), s’attira les faveurs de ses sujets chinois et parvint à exercer sa souveraineté sur l’empire le plus peuplé, le plus vaste et le plus prospère de son époque. Protecteur des arts et des lettres, selon la tradition chinoise, il encouragea également le commerce, selon la coutume mongole : cela créa les conditions d’un essor économique tel qu’une véritable paix sociale régnait à l’intérieur de ses frontières.
  • Parmi les grandes inventions qui impressionnèrent Marco Polo, ses relais de poste ou le papier-monnaie (rendu obligatoire sous peine de mort : on reste descendant de Gengis Khan ou on le reste pas) l’éblouirent, de même que les richesses de l’empereur qu’il qualifiait bien sûr de « plus puissant homme en gens, en terres et en trésors qui fut jamais au monde ».

 

Le père et l’oncle de Marco, lors de leur premier voyage (1254-1269), avaient été amenés à Kubilaï, curieux de la culture des Occidentaux et qui avait quelques concubines chrétiennes:

  • MissionL’Empereur les avait chargés d’une mission: il voulait que le Pape, qui l’intriguait beaucoup, lui envoie une centaine de missionnaires afin de connaître le christianisme et d’évangéliser son empire.
  • [Oui : les Chrétiens pourraient être deux fois plus nombreux aujourd'hui si le Pape n'avait pas envoyé, à la place des 100 missionnaires, de n'en envoyer que deux - qui d'ailleurs n'eurent jamais le courage de dépasser la Méditerranée - et quelques lettres pour expliquer le dogme chrétien. Et c'est comme ça que le polythéisme et le panthéisme chinois furent sauvés.]

Au cours du second voyage, Marco accompagna cette fois son père et son oncle : il n’avait que 16 ans.

  • Kubilaï, ravi de les voir revenir malgré le semi-échec de leur mission, apprécia très rapidement le petit Marco, doué en langues, qui apprenait tout très vite et qui avait surtout compris le péché mignon du Khan : son immense curiosité pour son propre empire et son envie qu’on lui raconte & explique ses différentes traditions. Marco, chargé de diverses missions de négoce, contrôle ou finances dans le pays, lui ramenait à chaque fois ses notes pour lui expliquer ce qu’il avait vu, en enjolivant sans doute un peu les anecdotes pour le faire rêver. #MieuxQueNetflix.
  • Cette place privilégiée auprès de l’empereur dura plus de vingt ans, mais Kubilaï vieillissait : qu’arriverait-il s’il décédait et qu’un successeur jaloux des Occidentaux prenait sa place? Marco demanda donc, prudemment, à rentrer : il revint à Venise, chargé de montagnes de pierres précieuses (il fut nommé “Il Milione”, ‘le Million’, par ses compatriotes à son retour).

 

Marco Polo, Le Retour:

A ce moment-là, l’hégémonique Venise était en guerre contre Gênes, qui lui contestait sa toute-puissance : Marco Polo, tout juste rentré et voulant défendre sa patrie pour mieux se réintégrer, participa à une désastreuse bataille navale et… et fut fait prisonnier par les Gênois (1298). On était mieux chez les Mongols.

  • Billet il MilioneEn réalité, la prison fut la chance de sa vie : il séjourna dans la cellule d’un célèbre romancier, Rustichello de Pise, à qui il raconta ses aventures en Chine. Rustichello, en bon professionnel de la plume, lui proposa aussitôt d’écrire un livre (en français, pour avoir plus de succès #C’EtaitMieuxAvant (bis)) − et c’est ainsi que les deux prisonniers atteignirent une gloire et une fortune inégalée, dans toute l’Europe : aujourd’hui encore, Marco Polo est sans doute le plus célèbre Vénitien et un des plus célèbres Italiens (d’ailleurs, il a donné son nom à l’aéroport de la ville des amoureux, et c’était son portrait qui figurait sur les billets de 1000 lires…)  Bref, la prison, meilleur moyen de réinsertion sociale.

NB : Malgré ses exagérations, l’accusation récente selon laquelle Marco Polo n’aurait jamais dépassé la Turquie et n’aurait écrit ses aventures que par ouï-dire (les preuves seraient qu’il n’évoque ni les baguettes pour manger, ni l’écriture chinoise, ni la grande muraille, etc), paraît peu vraisemblable. Cependant, les accusations d’affabulation sur certains détails durèrent toute sa vie. Sur son lit de mort, ses proches et un prêtre lui demandèrent s’il n’avait pas des corrections à apporter sur ses récits : c’était l’ultime occasion de se repentir et d’expier des mensonges. Mais sa réponse fut : « Je n’ai pas raconté la moitié de ce que j’ai vu. »[5]

La question du jour bonjour est : Quel descendant d’esclaves noirs, chef de la Révolution haïtienne, meurt en 1803 et est une des grandes figures de l’abolitionnisme?

Bisous,

Aude


[1] Ce qui est contesté actuellement par les historiens italiens

[2] après La Légende dorée de Jacques Voragine (=la vie un peu merveilleuse de plein de saints − ça change un peu de Fifty Shades).

[3] (c’est à dire au XIIIème siècle, que vous avez du mal à situer si vous ne retenez pas qu’il est surtout marqué par le règne de Saint Louis, de 1226-1270)

[4] Tous ceux qui sont déjà allés à Venise savent que Marco Polo est l’homme le plus célèbre de la cité des amoureux : la preuve, on lui a dédicacé l’aéroport.

[5] Ce qui sert bien évidemment de prétexte à l’assez mauvaise série de Netflix pour laisser libre cours à son imagination… Mais même en inventant ils ne sont pas très forts.

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