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Meilleur cadeau de Noël – Charlemagne, 25 décembre 800

On 23/12/2014 by admin
Grâces vous soient rendues, gentils lecteurs, en cette veille de Noël,Grâces soient rendues également à Alexis SchöneAntwort, qui est en train de vivre sa semaine de gloire puisqu’il vient de remporter pour la 2ème fois de suite la qdjb avec : «  Quel empereur fut couronné le 25 décembre 800? » : la réponse était Charlemagne (v.748 – 814).
En se faisant couronner Empereur – le premier d’Occident depuis la chute de Rome –, on peut considérer que Charlemagne a reçu le meilleur cadeau de Noël ever, à nous rendre tous complètement jaloux (en tout cas moi je le suis, ne serait-ce que parce que j’adorerais être l’égale de Napoléon) (et aussi parce que mes cadeaux sont en général moins stylés).
Mais ce qui est parfait avec Charlemagne, c’est qu’il réussit, en sortant du couronnement, à être furieux de ce « cadeau » et à maudire, dans sa barbe-fleurie-qu’il-n’avait-probablement-pas[1], le Pape de l’époque. Bien sûr, je ne vous dirai pas tout de suite pour quelle raison, sinon vous ne lirez jamais cette HDJB en entier : commençons donc plutôt par rappeler :
  1. Qui était Charlemagne (si, si, ça fait du bien en fait)
  2. Comment il est entré dans la légende, en passant de Charles au sacré Charlemagne qu’on aime bien (même s’il n’a pas inventé l’école)

 

  1. Charlemagne : un père et un grand-père stylés mais un petit frère agaçant
  1. Charles Martel, Pépin le Bref et les derniers rois mérovingiens

Le père et le grand-père de Charlemagne léguèrent à Charles et son frère un territoire considérable :

  • Vous vous souvenez tous de son grand-père, Charles Martel (« Poitiers, 732 ! »), parce que vous avez tous fait un CM1 : il battit les Sarrasins qui venaient de s’emparer, vingt ans auparavant, de la quasi-totalité de la péninsule ibérique – et voulaient faire la même chose avec la France. Bad luck, ils sont repartis comme ils étaient venus.
  • Vous vous souvenez (presque) tous de son père, Pépin le Bref (et de sa femme, Berthe Au Grand Pied[2]) : il était, comme Charles Martel, « maire du palais » et non roi – et, comme lui, il détenait la réalité du pouvoir face aux faibles rois mérovingiens (= les « rois fainéants ».).
  • Pépin, pas bête, envoya un jour une délégation demander au pape s’il était normal que les vrais rois ne détiennent en réalité presque aucune autorité. Le pape, pas bête non plus (il avait besoin de l’appui du roi franc : l’empereur byzantin, son traditionnel protecteur, était en très mauvaise posture face aux Sarrasins triomphants), répondit que non, ce n’était pas normal, et que puisque Pépin détenait le vrai pouvoir, il devait être roi, « afin que l’ordre du monde ne fût pas troublé ».
  • Pépin, reconnaissant, conquit pour le Pape des territoires en Italie (les premiers « États pontificaux ») et le pauvre Childéric III, dernier roi mérovingien, fut envoyé au couvent pour y mourir sagement : la dynastie carolingienne put commencer, en 751.

Bref, à sa mort, Pépin ne légua pas seulement à ses deux fils un territoire considérable (un des plus grands de l’Europe Occidentale), mais également une couronne…

  1. Les deux frères rivaux, Charlemagne et Carloman : les Caïn et Abel carolingiens

Malheureusement, Charlemagne et son petit frère Carloman avaient toujours été en compétition : le partage du royaume entre eux ne fit qu’accroître les tensions

  • Le partage de Pépin était, il est vrai, malhabile : « bizarre » pour certains historiens, « forçant les frères à s’entendre » pour les autres : il coupe des provinces en deux (pour ne pas faire de jaloux ?), et, surtout, il donne à Carloman un territoire cohérent et uni, tandis que celui de Charles s’étend en arc de cercle autour de celui de son petit frère – ce qui l’oblige à bien plus de déplacements pour le gouverner… (cf carte)
  • Un an seulement après la mort de leur père, le début des ennuis commence : une révolte éclate en Aquitaine (=précisément une des provinces qui avait été partagée en deux) : selon la tradition & la logique, les deux frères devraient s’unir pour mater la rébellion ensemble. Mais Carloman, le petit coquin, n’est pas au rendez-vous le jour de la bataille : Charles, furieux, doit mener seul ses troupes. Une défaite, dès le début de son règne, l’aurait probablement forcé à abdiquer – mais, malheureusement pour Carloman, Charles remporte une magnifique victoire. Pour punir son frère, et parce que ce n’est que justice après tout, Charles annexe toute l’Aquitaine à son royaume. Faut pas pousser mémé dans les orties non plus.
  • La rivalité entre les deux frères s’accroît donc, mais leur mère, Berthe Au Grand Pied, prend parti pour son chouchou, Charles : pas de chance pour Carloman. Elle est intelligente, courageuse et décidée, et elle traverse les Alpes pour convaincre le puissant roi des Lombards de lui donner sa fille Désirée en mariage. Malgré son prénom, Désirée n’est pas très désirable, et Charles avait déjà une épouse… – tant pis : cela permet de prendre le territoire de Carloman en tenailles.
  • La tension s’accroît si vivement entre les deux frères que la guerre semble inévitable – mais c’est alors que Carloman, fort opportunément, décède brutalement : il n’avait que 20 ans… Coïncidence ? Probablement pas, même s’il n’existe aucune preuve officielle d’empoisonnement (les sources étant trop imprécises et le corps de Carloman restant introuvable) : ce qui est certain en tout cas, c’est que Charles se déclare aussitôt souverain de tout le royaume franc, écartant ses deux neveux, et que la veuve de Carloman, affolée, se réfugie avec ses fils chez le roi Didier de Lombardie.

>> Après l’élimination, naturelle ou aidée, de son frère, Charles se retrouve à la tête d’un immense territoire – au point de ne plus craindre les protestations du roi Didier lui-même, son beau-père…

 

  1. Charles devient Charlemagne (Carolus Magnus) :

A la tête d’un gigantesque royaume, Charles est très vite appelé « Charlemagne » (=Charles le Grand) : il est un infatigable chef de guerre (on estime que tous ses déplacements au cours de toute sa vie dépassent la circonférence terrestre!) mais aussi, progressivement, un roi qui s’efforce d’encourager la culture et l’instruction pour solidifier ses conquêtes et remplacer la guerre par l’administration raisonnée…

  1. Un infatigable chef de guerre : de nombreuses victoires et une légendaire défaite :

Les victoires :

  • Pour souder son royaume, Charles lance une attaque contre les turbulents Saxons, en Germanie : il brûle leur arbre sacré[3], détruit leurs villages et croit en avoir terminé de ces païens – pas de chance, il en a pour plus de trente années de résistance acharnée…[4]
  • Il revient pour attaquer le roi de Lombardie, son ancien beau-père (il a répudié sa fille, la laide Désirée, pour épouser une jeune fille de 13 ans, la jolie Hildegarde) : après un long siège, Didier, réfugié dans sa capitale de Pavie, doit capituler sans conditions – sa ville a été contaminée par la peste… Charlemagne, galvanisé par ses victoires, se sent protégé par Saint Pierre, dont il a visité le tombeau à Rome pendant le siège : il promet au Pape ses conquêtes et met ses neveux dans un couvent.

La légendaire défaite :

  •  Sûr de son invincibilité, il se lance alors dans une campagne en Espagne, contre les Sarrasins – mais cette fois, à son grand étonnement, la ville qu’il assiège ne cède pas, tandis qu’au même moment les Saxons se rebellent au nord de l’Europe. Furieux, déstabilisé, il se venge sur le chemin du retour contre la ville chrétienne de Pampelune, qu’il pille et brûle en emportant son trésor. Cette attaque – jugée ignoble à l’époque –, est la cause de sa plus symbolique défaite : en franchissant le col de Roncevaux dans les Pyrénées, les Vascons (=peuple des environs de Pampelune) s’emparent de son arrière-garde, récupèrent leur trésor… et tuent le preux chevalier Roland, un des plus proches amis du roi : histoire racontée trois siècles plus tard dans la Geste de Roland (sauf que les Vascons, chrétiens, sont remplacés par les Sarrasins, musulmans : c’est plus romanesque comme ennemis)

Les autres guerres sont moins importantes – retenez tout de même que Charlemagne a réussi à reconstituer un trésor bien supérieur à celui de Pampelune avec celui, considérable, des Avars, peuple du centre de l’Europe (aucun lien avec le latin « avarus », signifiant « qui aime entasser l’argent », même si on dirait qu’ils avaient fait exprès de choisir leur nom)

  1.  Le sacre du sacré Charlemagne

Le royaume ne cesse de s’accroître et Charlemagne règne d’autant plus sans partage sur l’Europe centrale que, pendant ce temps, l’Empire byzantin s’effondre[5] : s’il n’y a plus d’Empereur, pourquoi ne le serait-il pas, lui ?

  • C’est ce moment-là qu’une conjuration de Romains choisit pour comploter contre le pape Léon III, mal aimé notamment pour ses origines modestes. Un jour de 799, à cheval dans une procession, il est « assailli, roué de coups, jeté à bas de sa monture, dépouillé de ses vêtements pontificaux » et envoyé en prison pour qu’on lui crève les yeux & coupe la langue (il est accusé de conduite immorale).
  • Le pauvre pape (j’ai décidé qu’il devait être innocent) réussit à s’échapper et se réfugie, paniqué, à la cour de Charlemagne, son protecteur connu pour sa grande piété. Celui-ci décide de le raccompagner lui-même à Rome pour qu’il y soit jugé ou innocenté : le 23 décembre, le tribunal disculpe Léon III et, dans la foulée, propose à Charlemagne d’être sacré empereur, deux jours plus tard, pour Noël… Banco.

Sauf que…
Sauf que durant la cérémonie (que Charlemagne connait évidemment par cœur d’avance – cela faisait plusieurs années qu’il y pensait en se rasant), alors qu’il se relevait de sa prière, le pape dépose la couronne sur sa tête et le fait proclamer empereur par la foule présente. Tout va bien ? non, pas vraiment : dans l’ordre normal des choses, la foule aurait d’abord dû l’acclamer et ensuite seulement le pape aurait posé la couronne – sinon, tout le sens est inversé : dans le premier cas, le pouvoir vient du pape ; dans le second, du peuple… Bref, Charlemagne est furieux de cette “prise de pouvoir” par le pape : il s’arrangea pour que la même chose ne se produise pas pour son fils.
C’est d’ailleurs en se souvenant de Charlemagne (un de ses clairs modèles) que Napoléon décida, mille ans plus tard, qu’il déposerait lui-même sa couronne impériale sur sa tête… Une fois, d’accord, mais pas deux.

Malheureusement, tout ce bel empire ne tint pas longtemps face aux partages territoriaux et aux Vikings… – mais ça, c’est une autre histoire!

**La question du jour bonjour est cadeau de Noël si vous avez révisé vos drapeaux : Dans quel pays a été prise cette photo?**

Je vous souhaite en tout cas un Noël digne d’un empereur (carolingien) – j’espère que vous allez avoir plein de cadeaux, en offrir plein, et ne pas oublier de penser à tous ceux qui n’ont ni cadeaux ni famille pour leur tenir chaud (tout ce qui n’est pas donné est perdu, c’est à Noël qu’on s’en souvient le mieux).
Bisouches !
Aude


[1] Oui, vous savez, malgré l’expression (qui signifie « barbe blanche » parce que c’est une mauvaise traduction de « flori » – « blanc » en vieux français), il était probablement imberbe : c’est à l’époque de la Chanson de Roland qu’on l’aurait décrit ainsi…
[2] Elle avait peut-être un pied bot
[3] Irminsul, « Grand pilier » sensé soutenir le ciel que les Saxons adoraient – un peu l’Arbre des âmes des N’avis finalement…
[4] La guerre contre les Saxons est bien trop longue pour que je l’explique en détails, mais elle révèle combien Charlemagne a pu être cruel, voire sanguinaire : le chef, le brave Widukind, sorte de Vercingétorix saxon, résiste plus d’une décennie avant de devoir accepter le baptême. Ceux qui le refusent sont tués (c’est le cas, un après-midi de 782, à Verden, de 4500 hommes – massacre inouï à l’époque) et 12000 femmes et enfants sont déportés… Mais l’Empire est pacifié et christianisé pour longtemps : Charlemagne peut se consacrer à l’administration de son royaume…
[5] Croyez-le ou pas, mais l’Empereur byzantin de l’époque s’appelle Constantin Copronyme, ce qui signifie littéralement « au nom de merde ». Et 5 ans après sa mort, sa belle-fille, aussi odieuse que lui, fait crever les yeux de son fils et s’empare du pouvoir… Comme si les attaques des Arabes, la querelle iconoclaste et les complots internes ne suffisaient pas !
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