Passionné(e) d'histoire ? Recevez un email d'Aude chaque semaine.

Garanti sans spam

Diane de Poitiers, la plus-que-reine (et un peu cougar)

On 27/01/2015 by admin

Hello,

La question était “Quel est le nom de la maîtresse du roi Henri II de France ?” : la réponse était Diane de Poitiers (1499-1566) Bravo Jérem!! .

J’espère que vous connaissez Diane de Poitiers – surtout si vous êtes déjà allés (au choix):

  • au château de Chenonceau (mon château favori),
  • à son beau château d’Anet (1h15 de Paris)
  • ou à la sublime cathédrale de Rouen;

mais, en revanche, il est bien moins probable que vous connaissiez l’histoire d’amour, complètement atypique et impossible à inventer, qui la lia jusqu’à la mort au roi Henri II (fils de François Ier) : elle avait presque 20 ans de plus que lui, il aimait les femmes, et pourtant il n’aima qu’elle. Pourquoi?

 

 

I. Il était une fois un prince royal qui ne devait pas être roi…

  1. Les années de prison du jeune prince Henri

L’histoire débute avec une grosse bêtise d’un roi très aimé : François Ier.

  • NB: A mon sens, François Ier est en réalité un peu surestimé en France, aux dépens de son grand rival espagnol Charles Quint : même si les Français ont toujours raison, je préfère l’honneur désuet de Charles Quint au charme – flamboyant mais cynique – de François Ier

Au cours de la bataille de Pavie, cinglante défaite des guerres d’Italie (1525), François Ier eut l’imprudence de se jeter dans une action perdue d’avance – et, logiquement, il fut fait prisonnier dans la foulée. Il se morfondit pendant plus d’un an dans les geôles de Charles Quint, avant de devoir accepter une paix extrêmement coûteuse pour la France (François, t’as voulu jouer, t’as perdu, tu paies) : céder la Bourgogne.
François Ier, ce canaillou, engagea sa parole qu’il respecterait le traité de paix – et Charles Quint, très chevaleresque et élevé dans les lois de l’honneur, le crut. => En gage, François Ier offrit ses deux fils aînés en captivité à sa place (“Sympa Papa”). [Evidemment, François Ier ne comptait pas respecter ce traité et ne le respecta d’ailleurs jamais (à la place, il fit alliance avec l’Angleterre et déclara la guerre au pauvre Charles Quint)… Charles Quint, peut-être touché par le sort des garçons, peut-être juste pragmatique et voyant que François Ier ne cèderait pas, finit par accepter une rançon à la place de la Bourgogne[1]]

Les deux enfants-otages avaient 7* et 8 ans:

  • L’aîné, destiné à régner et prénommé François comme son père,  avait le caractère et le charme de François Ier, qui le préférait de beaucoup.
  • Dans l’ombre, le cadet, Henri, que son père n’arriva jamais à apprécier, était renfermé et mélancolique – sans doute jaloux du chouchou…

C’est à ce moment que naquit, pour le petit Henri, son grand amour :

  • alors que toute la cour faisait ses adieux aux deux enfants et que toutes les belles dames pleuraient et s’empressaient surtout autour de son frère aîné, la plus belle d’entre elles, Diane de Brézé (peut-être émue par Henri auquel on songeait moins?), de manière inattendue et spontanée, s’avança vers lui et déposa un baiser sur le front.
  • Pour Henri, ce fut sans doute une fulgurance : pour une fois, quelqu’un l’avait préféré. Et pas n’importe qui : la sublime Diane de Poitiers. Pendant ses quatre mornes années de détention, il conserva ce souvenir comme un trésor; d’autant que son livre de chevet, Amadis de Gaule (vaste roman de chevalerie), raconte l’histoire d’un héros envers qui le sort est injuste et qui doit conquérir la belle Oriane qu’il aime depuis son enfance (NB: Oriane rime avec Diane : je ne doute pas une seconde qu’Henri en ait été pénétré)

 

  1. La libération et la conquête de la belle dame:

Bref, à 11 ans, quand il fut rendu à la cour de France, le jeune prince Henri avait en tête un objectif très clair : conquérir la belle Diane qu’il aimait d’amour.

  • Au cours d’un tournoi organisé pour à l’occasion de la libération des enfants et du remariage de François Ier[2], où la coutume était que chaque champion place ses exploits sous le patronage d’une dame, Henri abaissa sa lance devant Diane en signe d’allégeance
  • Mais Diane, mariée et très fidèle (même si son mari avait près de 36 ans de plus qu’elle, était édenté et difforme, ils eurent un mariage harmonieux – à sa mort, elle lui fit d’ailleurs construire un somptueux tombeau que je vous conseille chaudement de voir à la cathédrale de Rouen), veillait à son impeccable réputation et était trop intelligente pour ne pas prendre cet amour que pour ce qu’il était : un enfantillage. Néanmoins, elle accepta l’hommage -et, d’ailleurs, le rôle de “dame” lui convenait assez bien : dans la tradition chevaleresque dont l’époque était encore imprégnée, la Dame exige l’exclusivité platonique du jeune page et l’encourage aux exploits et à un perpétuel dépassement, tandis qu’il tire d’elle vertu et force…

Bref, comprenant sans doute l’intérêt qu’elle pouvait en tirer de cet amour pur et sans conséquences, Diane, qui devint veuve à trente ans quelques mois plus tard, au faîte de sa beauté, laissa s’épanouir ce qui devint un amour à conséquences…

 

II. Ils vécurent heureux et n’eurent pas d’enfants

 

  1. Les secrets de beauté de Diane de Poitiers

Consciente que sa beauté était sa force, Diane, d’une inflexible volonté dans ce domaine comme dans le reste, entretenait rigoureusement ses attraits au moyen de secrets de beauté devenus mythiques (bon courage si vous voulez l’égaler!):

  • Intuitivement, Diane avait découvert, avec 400 ans d’avance, les vertus de l’hygiène et du sport : elle menait une vie très saine et rigoureuse, faisait de l’équitation plusieurs heures par jour, se levait et se couchait très tôt (dur),  évitait les fards (qui à l’époque étaient extrêmement corrosifs, même si on l’ignorait) et le vin (très dur) ou la bonne chère (vraiment très dur), prenait des bains glacés -excellents contre le vieillissement de la peau- (encore plus dur) et enrobait toutes ces pratiques de vertus magiques :
  • Bref, malgré les vieillissements précoces de l’époque, elle était à 30 ans plus belle qu’aucune femme de la cour (à 50 ans, on disait d’elle qu’elle était toujours aussi belle qu’à 30): blonde, aux traits très fins & très grecs à une époque où justement l’Antiquité gréco-romaine est à la mode, elle fut véritablement le modèle des canons de beauté de l’époque, notamment célébrée par son ami Ronsard…

Cette année là (1531), Diane et son mari conseillent à François Ier de marier Henri à Catherine de Médicis : Catherine, ni jolie ni très charmante, adore, elle, la bonne chère; bref elle ne fit jamais le poids – au sens propre comme figuré. Bien sûr, Henri reste éperdu d’amour pour Diane, d’un amour peut-être d’autant plus exacerbé qu’il était platonique. Et cela dure et cela s’empire : Diane, très intelligente et charmante, ambitieuse et altière, se sert sur lui de son ascendant intellectuel, moral, culturel, et même spirituel (elle était très catholique) que lui donnent ses années d’avance et son éducation raffinée. Remplaçant presque sa mère décédée, elle le forme et l’éduque – même si Henri attend bien davantage…

  1. Diane, amante royale et déesse:

Un jour, François, le frère aîné d’Henri, décède brutalement : Henri a 17 ans et devient héritier… Hasard ou pas? Diane, un an plus tard, cède enfin à ses avances. Henri, beau comme un enfant, fort comme un homme, est le plus heureux de la terre avec une Diane qui a le double de son âge.
Il lui écrit des vers enamourés:

Hélas, mon dieu, combien j’ai regretté
Le temps que j’ai perdu en ma jeunesse!
Combien de fois je me suis souhaité
Avoir Diane pour ma seule maîtresse!
Mais je craignais qu’elle, qui est déesse,
Ne se voulut abaisser jusque-là
De faire cas de moi, qui sans cela
N’avais plaisir, joie ni contentement
Jusques à l’heure que se délibéra
Que j’obéisse à son commandement.

Ce qui est plus étonnant, c’est que cet amour dura toute sa vie – jusqu’à la mort accidentelle d’Henri en 1559, au cours d’un tournoi où il honorait encore et toujours Diane dont il portait les couleurs. Henri eut certes quelques aventures en dehors d’elle, donna certes dix enfants à sa femme Catherine (surtout sur les instances de Diane, qui avait intérêt à maintenir une reine aussi conciliante), mais Diane, experte en sciences érotiques, ne fut jamais surpassée. Elle savait mieux que personne jouer, dans cette époque pleine de symboles et nourrie de mythologie et de magie, de la mystification de son statut de déesse chasseresse- qu’on retrouve dans toutes les tapisseries, tableaux, statues autres emblèmes de l’époque : cela valorisait Henri – il était Phoebus et elle était Diane, il était le soleil et elle était la lune…

Mais au delà des largesses et de l’amour dont elle fut comblée, elle eut constamment un rôle majeur en politique, voyant Henri plusieurs heures par jour et discutant avec lui de toutes ses décisions.

Quand il mourut, Catherine de Médicis (qui confia à sa fille “jamais femme qui aima son mari n’aima sa putain“),  pourtant infiniment jalouse et ayant tenté maintes potions magiques pour ramener Henri à elle (on raconte, même si c’est impossible de le prouver, que Catherine avait espionné leurs ébats amoureux par un trou du plancher – et qu’elle s’était alors aperçue qu’elle ne pouvait vraiment pas rivaliser en termes de Kâma-Sûtra), bonne perdante, ne se vengea pas d’elle – elle lui retira simplement le château de Chenonceau et les bijoux royaux.
Diane mourut 7 ans après Henri II (elle finit sans doute par être empoisonnée par l’or qu’elle buvait!).

Bref, cette maîtresse fut “plus que reine”, ainsi que l’avait prédit une voyante à sa naissance… En tout cas, Diane, la plus connue des cougars de l’Histoire de France, reste fascinante 500 ans plus tard.

La question du jour bonjour m’est venue sur une idée de Leila BM : “En quelle année a été redécouvert le site de Machu Picchu?” (Je sais, c’est duuuur, mais vous êtes forts donc ça compense)

Kisses et à vendredi!

Thruthfully,

Aude

ps: et bien sûr, cliquez ici pour le quizz!

pps: lisez absolument le très grand, très captivant, très intéressant Le Beau XVIème siècle de Simone Bertière : je m’en suis très largement inspirée parce que c’est la source la plus fine et la plus rigoureuse. Un Secret d’histoire sur Diane est également sorti récemment (https://www.youtube.com/watch?v=J0czG9AJoUg) mais je le trouve malheureusement décevant pour des téléspectateurs non avertis (on peut mal comprendre des choses quand on ignore les coutumes de l’époque – on dit par exemple que Diane était nourrice d’Henri II: c’est factuellement vrai, ce qui signifie concrètement qu’elle l’a vu au berceau, mais c’était avant tout un titre de cour : elle ne l’a donc pas élevé (ou allaité, comme les téléspectateurs ont dû s’imaginer!).

pps: la rumeur qui la rendait maîtresse de François Ier est rigoureusement fausse, ou du moins très très très improbable : le premier à avoir répandu cette légende (qui eût certes été savoureuse!) n’est pas sérieux et avait une volonté évidente de nuire à la mémoire de Diane de Poitiers; Victor Hugo s’y est laissé prendre. Pardonnons-lui (Victor on te kiffe quand-même)

 


* Ne chipotons pas : à quinze jours près, Henri allait avoir 7 ans.
[1] D’un équivalent 2015 de 332 millions d’euros. Oui tout de même.
[2] (avec Eléonore de Habsbourg, sœur de Charles Quint, en vertu du traité de paix – il la traita toute sa vie avec mépris, alors qu’elle était adorable)(la pauvre)
Envoyez à un ami DEVENEZ LECTEUR

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Passionné(e) d'histoire ? Recevez un email d'Aude chaque semaine.

Garanti sans spam