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Richelieu, le ministre qui composait avec Dieu

On 15/05/2015 by admin

Hello,

Grande HDJB  sur le grand Richelieu : la question était “Qui était Armand Jean du Plessis, duc de Fronsac, mort en 1642?”

J’ai un faible pour Richelieu : à  défaut d’être un vrai homme d’Eglise, le cardinal a été un des plus grands hommes d’Etat que la France ait connu[1]il était l’excellent premier ministre du peu charismatique Louis XIII (1601-1643) et, sous leur “règne” commun, la France a retrouvé sa place de première puissance d’Europe, aux dépens de l’Espagne.
Pourtant, Richelieu est également le parfait exemple de l’homme cordialement antipathique, d’autant plus déplaisant qu’il cherchait constamment à plaire: ambitieux, manipulateur, hypocrite, flagorneur, obséquieux, intrigant, intelligent, autoritaire, opportuniste, fourbe… Bref, estimé du roi mais haï de ses contemporains, il a fourni à Dumas le meilleur ennemi des quatre Trois Mousquetaires.

D’ailleurs, Richelieu faisait penser à ça : Spectreet ressemblait à ça : Chats de Richelieu. Coïncidence? Je ne crois pas. [2]

Essayons de comprendre la tragédie et le paradoxe de Richelieu : comment il a pu faire beaucoup de bien à la France, mais être si haï des Français.

 

I. L’enfance du petit Armand-Jean, ou Les Débuts du petit fayot :

  1. Armand-Jean: à la fois une intelligence exceptionnelle et un fou besoin de plaire:

Richelieu fut dès son enfance un “premier de classe”:

  • Son père était un fidèle soutien du bon roi Henri IV -aux moments critiques-, mais il meurt jeune et criblé de dettes : Henri IV, méritant sur surnom de bon roi, décide d’aider la veuve et les orphelins et fait placer Armand-Jean dans la meilleure école.
  • A l’école, Armand-Jean n’est pas grand mais il est vaillant riche mais il est brillant. Et surtout, il adoooore avoir les meilleures notes et faire plein de discours en latin & grec qui impressionnent tout le monde par leur intelligence. Bref, un spécimen typique de la race des fayots / premier de classe que tout le monde déteste instinctivement : il le resta toute sa vie.
  • Evidemment, Richelieu-le-fort-en-thème excelle dans à peu près tout, y compris la danse et le dressage des chevaux (il y apprend qu’on obtient beaucoup plus par la douceur que par les coups : sans doute une des raisons de son ton constamment mielleux, y compris avec ses ennemis) − mais, à 17 ans, il est subitement obligé, pour sauver sa famille de la pauvreté, de devenir évêque de Luçon au lieu de devenir militaire comme prévu. Il n’a pas la vocation? Certes, mais il est un croyant sincère et met à l’évêché exactement la même bonne volonté que pour le reste :  il veut devenir le premier de la classe.
  1. L’évêque Richelieu et son insatiable ambition sautent des classes :

Irrésistiblement attiré par le pouvoir, il met son intelligence au service de son ambition:

  • A 21 ans, comme il lui faut une dispense pour devenir évêque avant l’âge minimum, il court voir le pape à Rome pour lui en demander une. RIchelieu et MikeOr, miracle, le pape a justement entendu parler d’un jeune homme brillantissime, capable de réciter un sermon entièrement par cœur à la sortie d’une messe (mémoire à la Mike dans Suits) : Richelieu, ravi, le prouve en récitant le sermon au Pape, qui est lui-même ravi, bref, tout va bien − mais, évidemment, taraudé par sa maladive soif de félicitations, Richelieu ne peut pas résister à en rajouter : il propose au Pape de lui composer un sermon avec les arguments exactement inverses. La boulette. Un froid à la Ridicule s’installe aussitôt : on ne joue pas avec la théologie en face du Pape. Le pape lui donne tout de même le titre d’évêque, mais aussi la petite réputation d’être trop intelligent pour ne pas être dangereux
  • Richelieu rentre à Paris : Henri IV vient d’être assassiné, et la reine Mère Marie de Médicis est devenue régente avec son favori, le très détesté (et détestable?) Concini. Il réussit à les séduire avec ses sermons brillants (Marie étant très très dévote, cela pouvait aider) et il se fait nommer ministre des affaires étrangères. Pas mal : il a à peine trente ans.

Le problème, c’est que Concini a l’estime et l’amitié de la Reine Mère, mais la haine et le mépris du reste du monde :

  • du peuple, parce qu’il est Italien et a la réputation d’être empoisonneur
  • des Grands, parce qu’il s’accapare les châteaux, titres & postes qu’ils convoitent – sans compter les caisses de l’Etat
  • pire que tout : du jeune roi Louis XIII, qu’il humilie constamment, y compris en public

Bref, il y a tellement d’émeutes populaires contre lui qu’on ne comprend pas pourquoi il ne s’enfuit pas avec ses millions.

Richelieu, trop fayot pour être malin, ne voit pas que son pouvoir est fragile : il le flatte donc consciencieusement, sans voir que le jeune Louis XIII finit par le détester lui aussi. Du coup, quand Louis XIII décide de faire assassiner Concini et d’exiler sa mère, femme tyrannique qui ne l’a d’ailleurs jamais vraiment aimé, Richelieu est disgracié dans la foulée (1617).

 

II. La politique du machiavélique cardinal : les fondations de l’Etat moderne

  1. Grandir la France, abaisser le reste:

Heureusement, après une quasi-guerre civile avec sa mère (1620), le roi décide de se réconcilier avec elle : elle exige le retour de Richelieu, qu’elle adore parce que, très catholique, elle compte sur le cardinal pour mener une politique très catholique. Et puis, surtout, Richelieu la flatte tant et si bien…
Carte domination Habsbourg
Richelieu est d’abord nommé cardinal (1622) puis, enfin, ministre du Roi et chef du gouvernement (1624). Son programme, clair et efficace, tient en trois points :

  • abaisser les Grands, trop prompts à la révolte
  • ruiner le parti des Protestants, qui forment un Etat dans l’Etat
  • combattre les Habsbourg (d’Espagne et d’Autriche : ils sont la principale puissance européenne à l’époque) [c'est le point délicat étant données ses promesses à la Reine-Mère]

Rapidement, il  restaure l’autorité du Roi, qui, jeune et peu charismatique, a du mal à se faire obéir, et Louis XIII commence à réellement l’apprécier.

  1. Louis XIII et Richelieu : un tandem indéfectible

Mais la mise en oeuvre du programme politique de Richelieu, souvent brutale, lui attire des haines tenaces:

  • Richelieu sur la digue de la RochelleTant que Richelieu s’attaque aux Protestants en matant les rebelles de la ville de La Rochelle, foyer de protestantisme (1628) et réconcilie tout le monde avec le traité d’Alès (1629) qui garantit la liberté de culte & de conscience, ou tant qu’il fait décapiter les nobles qui ont l’impudence de continuer les duels alors qu’il les a formellement interdits et fait raser tous les châteaux qui ne servent pas à la défense des frontières, il est haï par beaucoup de gens et doit constamment se protéger contre les tentatives d’assassinats, mais il garde la confiance du roi et de la reine.
  • Mais quand Richelieu lance la guerre contre la maison de Habsbourg, qui encadre dangereusement la France, la Reine-Mère se sent trahie. Elle a de vrais arguments : une telle guerre se fait au détriment du redressement économique et de la population écrasée d’impôts (=> de très importantes révoltes de “croquants” -paysans misérables qui refusent de se faire “croquer” d’impôts- éclatent d’ailleurs dans les années qui suivent et sont sévèrement réprimées par Richelieu). Et, surtout, à ses yeux, il est impensable de combattre d’autres catholiques, avec qui l’alliance doit être naturelle, même si les intérêts de la France sont un peu piétinés. Bref, pour elle, c’est l’Eglise avant la France.
  • Or pour Richelieu, c’est la France avant l’EgliseDu coup, quand la guerre commence, Marie de Médicis, folle de rage, exige de Louis XIII le départ de ce traître de Richelieu. A la fin de l’entrevue,Richelieu, souvent un peu dépressif et malade, est en larmes, et la Reine triomphe: elle annonce à toute la cour qu’elle a gagné, que c’en est fini de Richelieu, et tout le monde la félicite. Mais Louis XIII, qui n’a en fait ni dit oui ni dit non, convoque le soir Richelieu, lui annonce: “Entre l’Etat et ma mère, je choisis l’Etat“, et fait exiler définitivement sa mère le lendemain. C’est la “Journée des Dupes” (1630) : Richelieu, reconduit, est plus puissant que jamais, et il le reste jusqu’à sa mort douze ans plus tard.  (1642)

Richelieu sur son lit de mortQuand le pape apprit sa mort, on dit qu’il conclut fort philosophiquement : “Si Dieu existe, il a du souci à se faire, mais si Dieu n’existe pas, alors, bien joué“. La population française, elle, en liesse, brûlait partout son effigie. Pourtant, quelques mois plus tard, la victoire définitive face à l’Espagne est acquise, la France en profite pour agrandir son territoire, et Richelieu laisse un pays qui prépare les triomphes de Louis XIV (et qui est doté de l’Académie française!)… Bref, antipathique et brutal, mais tellement efficace.


La question du jour est “Quelle bataille de mars 1836 fut un événement majeur de la Révolution texane contre le Mexique?

Je vous embrasse,
Aude

Podium
[1](d’ailleurs, Papa l’Empereur ne quittait jamais son exemplaire annoté du Testament politique de Richelieu, qui prônait l’effacement des intérêts particuliers devant l’intérêt général)
[2]A défaut d’être adoré des hommes, Richelieu adorait les chats et travaillait entouré de chats. Le nom de son préféré? Lucifer… (#PasUneCoïncidence(Bis))

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2 Responses to “Richelieu, le ministre qui composait avec Dieu”

  • Anonymous

    Ah, voilà un personnage digne des romans où il apparaît ! Richelieu CœurCœurCœur, pour intérêt du personnage j’entends, parce que je n’aurais pas envie de trop m’en approcher !

    Pas compris les images avec les chats en revanche, il doit me manquer une référence.

    • Hello! Hahahaha pour CoeurCoeurCoeur ;) J’aurais également moyen envie de m’en approcher. J’ai rajouté une petite note rien que pour vous sur les chats qu’il adorait!

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