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La tiare dans les serres de l’aigle

On 15/04/2015 by admin

Hello les ptis chats,

La question du jour bonjour était “Quel pape ratifia le Concordat de Napoléon en 1801 puis fut fait prisonnier par lui?”. La réponse était Pie VIIBravo à G-E! :)

J’ai eu l’idée de cette HDJB en prenant le métro : vous avez vu l’affiche sur l’exposition de Fontainebleau? Comme vous allez la voir pendant plusieurs mois, autant que vous sachiez tout de suite qui était Pie VII, comme ça ce sera réglé pour toutes les prochaines fois où vous patienterez en attendant votre rame. Vous comprendrez pourquoi ils ont intitulé l’expo « La tiare dans les serres de l’aigle » — et en prime vous pourrez faire vos malins avec le jeu de mots de l’époque : “Napoléon déjeunait à Paris et Pie VII à Rome”[1] tout en ajoutant que, justement, Pie VII ne resta pas à Rome puisqu’il fut fait prisonnier par Napoléon. (En temps normal j’aurais commenté: “le gredin”, mais Papa Napoléon a toujours raison donc on ne critique pas ses décisions).

Pie VII était le pape qui fut désigné en 1800 : pendant tout le “règne” de Napoléon, il eut à gérer l’immense ambition de l’Empereur, qui voulait qu’il lui soit soumis… (D’ailleurs, symptomatiquement, vous voyez le tableau du sacre peint par David, où Napoléon couronne Joséphine parce que c’est lui le chef? Vous vous souvenez du pape sur ce tableau? Non? Bah c’est normal)

I.Un pape ouvert aux idées républicaines et démocratiques:

  1. Vu d’aujourd’hui, Pie VII est un pape profondément sympathique :
  • Portrait de Pie VII par DavidIl était doux et affable de caractère (un peu trop d’ailleurs, pour son propre bien?)
  • Plus surprenant, malgré la violence croissante de la Révolution avec l’Eglise à partir de 1790 avec Constitution civile du clergé[2] et la spoliation des biens de l’Eglise, il avait su voir ce qui faisait la grandeur de l’idée républicaine:
    • En tant que cardinal en Italie, il avait même défendu la République et la démocratie, jouant l’apaisement en se fondant sur l’Évangile :

« Oui ! mes chers frères, soyez de bon chrétiens, et vous serez d’excellents démocrates. La forme du gouvernement démocratique [...] ne répugne pas à l’Évangile. Elle exige, au contraire, ces vertus sublimes qui ne s’acquièrent qu’à l’école de Jésus-Christ.[...] ».

  • Du coup, quand il fallut choisir un nouveau Pape, après la mort du pauvre Pie VI en 1799, un cardinal français proposa l’idée de ce petit Barnaba Chiaramonti, auquel personne ne pensait initialement.

La priorité de ce nouveau Pape était d’apaiser la crise religieuse qui déchirait la France depuis dix ans − mais aussi récupérer les Etats pontificaux…

 

2. Le Concordat de 1801, ou la fin de la crise religieuse en France:    

Carte Italie 1800A l’élection du nouveau pape en mars 1800, Napoléon était en position de force:
  • Il venait tout juste, par son coup d’Etat du 18 brumaire (novembre 1799), de prendre le pouvoir en France avec le Consulat.
  • De plus, grâce à ses campagnes victorieuses (beau gosse), la France révolutionnaire dominait une grande partie de l’Italie (cf carte)

A l’inverse, le pape était en position de faiblesse:

  • La “République-sœur” romaine avait été proclamée en 1798, supprimant les Etats pontificaux  (c’est à cette occasion que le précédent pape Pie VI, octogénaire, avait été fait prisonnier et était finalement mort d’épuisement lors de son transfèrement en 1799).

Pie VII voulait donc récupérer ses Etats et était prêt, pour cela, à accepter que les biens du clergé, vendus dès 1790 au profit de la Révolution, ne soient plus revendiqués; de son côté, Napoléon voulait apaiser le conflit religieux en France et il était prêt, pour cela, à accepter de reconnaître que le clergé soit entretenu par l’Etat (puisque celui-ci ne pouvait plus s’auto-entretenir sans ses biens). En fait, l’entretien du clergé était une victoire cachée : elle permettait de le ‘fonctionnariser[3]‘, ce qui assurait sa soumission de facto au pouvoir. Trop fort Papa.
=> Bref, le Concordat fut signé en juillet 1801 et Napoléon remporta ainsi une de ses plus grandes victoires politiques. La paix qu’il ramena en France augmenta encore sa popularité, déjà immense (normal ♥♥♥)

 

II.Napoléon, toujours plus dominateur envers Pie VII:

1. Les articles organiques et le sacre de 1804

Vous me direz que Napoléon aurait pu se contenter, modestement, de cette victoire et s’arrêter là?
Euh… on parle de Napoléon là.
  • Peur de rien, Napoléon fit aussitôt ajouter au Concordat quelques 77 petits articles de rien du tout, les “articles organiques“, qui modifiaient considérablement la portée de ce texte : tout à coup, l’Eglise de France était littéralement soumise à l’Empereur
    • Par exemple, le catéchisme enseigné dans toute la France prônait comme devoirs imposés par Dieu « l’amour, le respect, l’obéissance et la fidélité à l’égard de l’Empereur, le service militaire (…) » =>Ha-ha-ha.
  • Encore plus machiavélique, Napoléon profita des protestations du pape pour lui faire miroiter une négociation possible sur ces articles, en échange de sa bénédiction lors de son couronnement le 2 décembre 1804. Le pauvre pape, gentil mais un peu naïf, vint, fit de la figuration (d’autant que Napoléon voulut se couronner lui-même, pour éviter les problèmes qu’avaient eus Charlemagne) et repartit bredouille, sans aucune concession ni négociation. Caramba.

Cette fois-ci, Pie VII, pourtant lent à la colère et plein d’amour, se fâcha un peu et se mit même franchement à protester quand Napoléon occupa une ville de ses Etats pontificaux l’année suivante. Napoléon, cinglant, répondit qu’il acceptait de se retirer à condition que le Pape rentre en guerre contre l’Angleterre aux côtés de la France : « Votre Sainteté est souverain de Rome, mais j’en suis l’Empereur. Tous mes ennemis doivent être les siens ». Pan.

  • Pourtant, cette fois-ci, Pie VII avait décidé de ne pas céder. Voyant sa résistance, l’Empereur augmenta progressivement sa pression et ses annexions, puis finalement s’empara de Rome en 1809. re-Pan.
  • Pie VII commit alors une erreur : se trompant un peu d’époque, il excommunia Napoléon - comme si les excommunications avaient toujours l’influence qu’elles avaient eues au Moyen-Âge. “Lol” aurait pu penser Napoléon – mais il était un peu chatouilleux de son autorité donc il écrivit : « Je reçois la nouvelle que le Pape m’a excommunié. C’est un fou furieux qu’il faut enfermer » (Quand je vous disais qu’il était un peu chatouilleux…)

 

2. Le pape prisonnier
Aussitôt dit, aussitôt fait, un général français emmena le pauvre Pie VII en captivité (1809):

  • Napoléon donna l’ordre qu’on traite le pape comme un souverain, mais Pie VII, refusant très dignement tout le luxe qu’on lui offrait pour bien montrer qu’il restait un prisonnier, ne céda toujours pas
  • Au bout de deux ans, Napoléon le fit transférer secrètement à Fontainebleau (1812) (–> vous comprenez maintenant pourquoi l’exposition et pourquoi son titre « La tiare dans les serres de l’aigle »…) Là, le cajolant et le menaçant tout à la fois, il réussit à faire signer au Pape un nouveau concordat, très avantageux pour lui.
  • Too bad : Pie VII se rétracta deux mois plus tard, disant qu’il avait cédé à la contrainte psychologique. La rage.

Pendant ce temps-là, la situation se dégradait nettement pour Napoléon, qui avait multiplié les guerres désastreuses (notamment contre la Russie) : en janvier 1814, l’Empereur fut forcé de lui restituer ses Etats et Pie VII revint triomphalement à Rome. Il avait gagné.

Après la chute de Napoléon, Pie VII, qui avait lui-même souffert de la privation de liberté, combattit l’esclavage (♥) et, toujours aussi doux, enseigna le pardon envers les bonapartistes. Il mourut aimé et respecté de tous − et même, bien sûr, de Napoléon, qui, prisonnier à Sainte-Hélène, écrivit de lui:
« C’est véritablement un bon, doux et brave homme. C’est un agneau, un véritable homme de bien, que j’estime, que j’aime beaucoup et qui, de son côté, me le rend un peu, j’en suis sûr … »

Cute.

Voici maintenant la question du jour : Quel Grand Argentier du roi Charles VII avait pour devise “A cœur vaillant rien d’impossible”? .

Aude


[1] Ceux qui ne comprennent pas le jeu de mot seront rayés de ma mailing list
[2] Beaucoup de mesures étaient particulièrement violentes : outre la spoliation des biens de l’Eglise, il était décrété que les prêtres devaient être élus par le peuple et non plus nommés au sein de l’Eglise; il fallait jurer fidélité à la Révolution pour pouvoir rester prêtre; à partir de 1794, toute manifestation religieuse était proscrite… Bref, autant de mesures qui créèrent un schisme inévitable entre ceux qui plièrent (les “jureurs” [du serment]) et les autres, qui furent pourchassés
[3] Le clergé pouvait même être traduit devant le Conseil d’État en cas de désobéissance!
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