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Fort Alamo, les Thermopyles américains

On 10/07/2015 by admin

Film El AlamoCamarades et compatriotes,

Quelques jours après la fête nationale américaine, racontons une des plus grandes pages de l’Histoire de nos amis les Ricains : le siège de Fort Alamo. Pour ceux qui ont une mémoire de compétition, la question était “Quelle bataille de mars 1836 fut un événement majeur de la Révolution texane contre le Mexique?”… Congrats à Hugues!

En quatre points, pourquoi Fort Alamo?

  • Parce que c’est probablement le fait d’arme dont les Américains sont les plus fiers de leur Histoire
  • Parce qu’à force d’être connu, cet épisode est entré dans notre culture générale : tout le monde connait Davy Crockett (et s’est déjà demandé si sa toque en raton laveur sentait le putois) ou l’incontournable film de & avec John Wayne, dont la BO a peut-être bercé votre enfance (je remercie personnellement Papa d’avoir bon goût d’en avoir bercé la mienne) par Green Leaves of summer et El Degüello. Je pourrais encore ajouter que si vous aimez Johnny Cash, vous devez connaître Remember the Alamo, mais la liste est tellement longue qu’on pourrait y passer l’HDJB.
  • Parce qu’on est content d’apprendre comment et pourquoi le Texas est américain et non mexicain aujourd’hui et comment et pourquoi les villes d’Austin (capitale du Texas*) et Houston s’appellent comme cela.
  • Et puis, plus sérieusement : parce qu’on aime toujours bien les hommes qui savent dire “La victoire ou la mort” et se sacrifier pour les autres. Surtout quand ils gagnent (un peu) à la fin.


I. Texas instrument entre deux jeunes pays : le Mexique et les Etats-Unis

En 1836, le Texas, province mexicaine, était encore une terre vierge, ou presque:
  • C’est difficilement imaginable aujourd’hui, mais cet Etat de 27 millions d’habitants actuellement contenait… 40 000 personnes. Oui, moins que la population de Brive-la-Gaillarde, pour un territoire plus grand que la France. Posey.
  • Pourtant la population avait décuplé depuis que, douze ans plus tôt, la nouvelle constitution mexicaine avait libéralisé les lois de l’immigration et autorisé les colons américains à s’y installer : en 1824, il n’y avait encore qu’une poignée d’Indiens et 4 000 Mexicains.

=> A la conquête de l’Ouest**, les Américains étaient arrivés “en masse” avec leurs esclaves noirs : ils composèrent rapidement 85% de la population (pas dur, me direz-vous).

Texas en 1836Le problème, c’est que le Mexique, très jeune république indépendante de l’Espagne depuis seulement 15 ans (1821), avait un nouveau président : le général Santa Anna.

  • Santa Anna – moins saint que son nom ne l’indique car ce n’était pas un tendre – souhaitait que son pays devienne fort et centralisé : il n’aimait donc pas beaucoup l’autonomie de la province fédérale de l’actuel Texas. Et il aimait encore moins les colons Américains, qui ne parlaient qu’anglais + ne montraient aucune intention de vouloir s’intégrer et d’apprendre l’espagnol + méprisaient les Mexicains + last but not least, avaient des esclaves − ce qui était contre la morale et la loi mexicaine.
  • Quelques lois discriminant les immigrés américains tentèrent donc de les chasser et les exproprier pour s’en débarrasser avant qu’il soit trop tard… (mais c’était déjà trop tard) : cela ne fit qu’exacerber les tensions.

=> Bref, les intérêts économiques, politiques et idéologiques divergeaient entre le Général et les “Texians” (=les Anglo-Américains), qui le considéraient comme un dictateur d’opérette bouffeur de tacos. Ambiance
Tout éclata en octobre 1835, quand les Mexicains jugèrent plus prudent de retirer aux colons le canon qu’ils leur avaient laissé en garnison : ceux-ci se mutinèrent et, sous le cri ironique de « Come and take it », ils battirent les Mexicains et gardèrent leur canon. La guerre de la Révolution texane commençait

 

B. La révolution texane : Santa PasTrèsSaint Anna contre Sam J’ailenomd’uneville Houston
En l’espace de quelques mois, tout fut plié :

  • Eglise El AlamoSanta Anna, qui déclarait que: “Sans verser le sang ou les larmes, point de gloire” et qui avait l’intention d’avoir de la gloire, entreprit de lever une immense armée (immense quand on tient compte de ce que ses 6500 Mexicains pesaient face à la population présente en face). Mais les Texians, plus rapides, expulsèrent tous les soldats mexicains présents, chassant le propre beau-frère de Santa Anna… bref, ce dernier sentait fortement le chili lui monter au nez.
  • Face à lui, Sam Houston (qui a donné son nom à la ville de Houston), commandant des Texians, comprit que ses positions étaient intenables sans renforts. Il se résolut donc à ordonner la destruction d’un poste avancé, une petite mission franciscaine nommée Fort Alamo, pour ne pas la laisser aux mains de l’ennemi. Fort Alamo consistait en une petite église fortifiée et une large cour entourée de murs de ~3m : bref, elle était conçue pour résister aux flèches des Indiens, mais pas aux canons des Mexicains.

 Pourtant, c’est là que se joua tout le sort de la guerre…

 

II. Fort Alamo, les Thermopyles des Etats-Unis :

A. Le Bon, la Brute et l’Avocat:
Parmi les hommes qui allaient changer le cours de l’Histoire, trois personnages au caractère fondamentalement différent mais unis par leur cause nous intéressent : le Bon, la Brute et l’Avocat.

  • Le Bon, c’est Davy Crockett, chanté par Annie Cordy : trappeur du Tennessee, “ami des Indiens”, il avait été un homme politique un peu particulier : élu député, il était arrivé à la Chambre des Représentants avec son fusil, sa toque de raton-laveur et son franc-parler. Il était immensément populaire aux Etats-Unis, et effectivement assez attachant.
  • La Brute, c’est James Bowie, un aventurier connu dans tout le pays pour son énorme couteau qui lui avait servi au cours d’un duel digne d’un Tarantino. Il avait épousé une Mexicaine d’une grande famille : elle et leurs enfants étaient morts dans une épidémie de choléra, et, depuis, il buvait beaucoup trop. Côté sombre, il pratiquait les trafics d’esclaves et la spéculation foncière. Il était néanmoins courageux et populaire, et il l’est d’ailleurs encore beaucoup aux Etats-Unis.
  • L’Avocat, c’est Williams Travis, le plus jeune des trois : il avait 26 ans, s’était retrouvé au Texas un peu par hasard, en promettant à sa femme de faire fortune pour rattraper les dettes immenses dues à la faillite de son journal. Il était éduqué, romantique et patriote.

=> C’était Bowie The Blade qui était chargé de faire exploser Alamo. Mais arrivé sur place, il se rendit vite compte qu’il ne pourrait pas sauver l’armement qui y était et que si on abandonnait Alamo, il n’y aurait plus aucun obstacle sur la route de Santa Anna pour reprendre tout le Texas… Bowie décida donc, contrairement aux ordres, de rester avec ses hommes et de demander des renforts. Travis The Handsome arriva pour prendre le commandement du Fort, puis Crockett The Cool arriva avec une soixantaine d’hommes en renfort.

B. Houston, we got a problem
Malheureusement, Crockett n’était pas le seul à arriver : Santa Anna arriva aussi, progressivement rejoint au fil des jours par ses 6500 hommes, face aux 187 Texians de Fort Alamo.

  • Santa AnnaSanta Anna n’avait pas l’intention de faire de quartier et, pour bien le montrer, il fit flotter le drapeau rouge, qui signifie que tout prisonnier sera fusillé : il considérait les Texians comme des mutins, et non des soldats. Et, pour achever de poser l’ambiance, il fit jouer en continu − et même pendant la bataille − le fameux El Degüello pour démoraliser les assiégés : El Degüello signifie “j’égorge”, dans le sens de “Pas de quartier” (si Papa avait su cette signification, il ne me l’aurait peut-être pas fait entendre en boucle dans mon enfance, finalement…). Il laissa tout de même aux Américains l’opportunité de se rendre, sans condition et sans leurs armes, mais Travis lui fit la plus magnifique des réponses, digne du “merde” de Cambronne à Waterloo: il répliqua par un tir de canon.
  • Le siège commença, et la situation devint de plus en plus désespérée. Dès le premier jour, Travis avait écrit des lettres pour Sam Houston dont la plus connue: “To the People of Texas & All Americans in the World.” :

« Camarades et compatriotes,

Je suis assiégé par plus de mille Mexicains sous le commandement du général Santa Anna. J’ai subi un bombardement continuel depuis 24 heures sans perdre un seul homme. L’ennemi a demandé notre reddition sans condition sous peine de passer toute la garnison par les armes si le fort était pris. J’ai répondu à leur demande par un coup de canon et notre drapeau flotte encore au-dessus de nos murs. Je ne me rendrai jamais.

Je vous lance un appel, au nom de la liberté, du patriotisme et de tout ce qui forme le caractère unique américain, de venir nous aider aussi vite que possible. Jour après jour l’ennemi reçoit des renforts et ses forces se monteront sans aucun doute à 3 ou 4 000 hommes d’ici quatre ou cinq jours. Même si cet appel n’est pas entendu, je suis déterminé à résister aussi longtemps que possible et à mourir comme un soldat qui n’oublia jamais ce qui est dû à son propre honneur et à son pays. LA VICTOIRE OU LA MORT.
William Barret Travis :

: Lt. Col. Comdt. »

(Sigh. ♥♥♥.) Malheureusement, même si les assiégés résistèrent contre toute attente quinze longs jours aux bombardements continus, les renforts ne vinrent jamais. La veille de l’assaut final, Travis, sentant que la fin approchait, traça, dit-on, une ligne avec son épée sur le sol, et dit à ses hommes que s’ils voulaient partir, ils pouvaient rester en deçà de sa ligne, ou la franchir pour mourir le lendemain en combattant. La totalitéNB des hommes franchit la ligne.

  • Bowie, très malade et incapable de se lever, aurait fait porter son lit par quelques hommes – dont Davy Crockett, de l’autre côté de la ligne, pour montrer son soutien
  • NB: Trente-cinq ans plus tard, un journaliste -qui avoua par ailleurs avoir “enjolivé” plusieurs autres de ses articles-, déclara qu’un seul homme, un Français, héros des guerres napoléoniennes, avait pris peur et n’avait pas franchi la ligne. Comme aucun des survivants (femmes et enfants) n’avait jamais mentionné cette histoire auparavant, les historiens en doutent et John Wayne n’a pas repris l’histoire dans son film. Pourtant, elle est restée célèbre − elle est, il est vrai, pittoresque − et, quand la France a refusé d’accompagner Bush en Irak, le thème de la lâcheté française est ressortie avec l’histoire de ce soldat. Mouais.

Le lendemain à l’aube, Santa Anna sonna la charge. Travis The Handsome fut tué parmi les premiers, d’une balle dans la tête; Bowie The Blade, toujours alité, fut tué dans son lit, les armes à la main et percé de baïonnettes − sa mère commenta simplement en disant : « Je parie qu’on n’a retrouvé aucune blessure dans son dos »; Crockett, lui, mourut sur le toit de l’église ou fut peut-être désarmé par des Mexicains et fusillé sur l’ordre de Santa Anna. (Quelques jours plus tard, dans une autre bataille, Santa Anna fit 400 prisonniers Texans, qui se rendirent et furent tous fusillés)
Mais la résistance héroïque d’Alamo − considérée comme les Thermopyles américains − et les lettres de Travis The Handsome, toutes signées « La victoire ou la mort », avaient déclenché un immense élan aux Etats-Unis pour défendre le Texas. Deux mois plus tard, aux cris de « Remember the Alamo », Houston vainquit Santa Anna et le fit prisonnier (mais ne le fusilla pas – on n’est pas des dictateurs d’opérette bouffeurs de tacos, nous) : le Texas acquit son indépendance avant d’être intégré aux Etats-Unis quelques années plus tard.
Ou comment une défaite militaire peut devenir une victoire politique + Ou comment quelques hommes peuvent changer le destin d’un Etat.
Kisses,

Aude

 

* Non Guillaume, la capitale du Texas n’est pas Dallas. Je sais, tu es déçu, je sais, c’est pas la classe à.

**Austin, Stephen de son prénom, était un des principaux colons qui a organisé la migration de masse au moment de la conquête de l’Ouest, en faisant venir notamment 300 familles.

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