Passionné(e) d'histoire ? Recevez un email d'Aude chaque semaine.

Garanti sans spam

La guerre de l’Opium

On 24/10/2014 by admin
Ni hao,

 

La question du jour bonjour était Quel est le nom du conflit qui a opposé la Chine et le Royaume-Uni entre 1839 et 1842? : bravo à G-E (et aux 4 autres vainqueurs du podium) pour la (première) guerre de l’opium !
Ces guerres de l’opium sont dans mes guerres préférées dans l’Histoire du monde – j’ai même tenté de leur consacrer un mémoire – parce qu’elles sont le moment absolument fascinant de rencontre et de choc entre le monde occidental (en l’occurrence l’Angleterre) et le monde chinois, qui se considérait comme le centre de la civilisation.

 

 Ideogramme Chine
Tout à coup, la Chine s’aperçoit qu’elle n’est non seulement pas le centre du monde (comme son nom l’indique pourtant, puisque « Chine » se dit en chinois « le pays du milieu » – sous-entendu « milieu de la Terre ») mais que, en outre, ses 400 millions d’habitants peuvent être humiliés par 4 000 soldats.
Et quelle cause défendent ces soldats?
Celle du libre-échange, en se servant de la corruption et de la drogue (l’opium) qui minent littéralement la Chine, afin de forcer ses portes. (=>l’humiliation est doublée du sentiment d’injustice)

Bref, en 1839-1842, c’est le réveil brutal – et la Chine épouvantée ouvre soudainement les yeux sur une cruelle réalité : son déclassement progressif, depuis des siècles, au profit des Occidentaux ; son retard et son statut de vassal auquel on dicte tout (la guerre est en effet conclue par le traité de Nankin (1842), un des « traités inégaux » qui jalonnent son triste XIXème siècle) ; et, bien sûr, intrinsèquement liée à tout cela, son envie de se venger de cette gifle – envie qui explique encore beaucoup de choses dans l’attitude de la Chine vis-à-vis du monde aujourd’hui.

 

  1. Un peu de contexte : la fermeture commerciale de la Chine et la volonté anglaise de pratiquer le libre-échange
En 1839, la Chine était gouvernée par la dynastie Qing, à ne pas confondre avec la dynastie “Qin”, plus ancienne (IIIème siècle av JC) : en chinois, le « q » se prononce « ch ». Donc « Qin » se prononce « Chin ». Oh ! ça alors, « Chin » sonne comme « Chine » ! (« O, D, I, L – qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? ») : hé oui, c’est la dynastie “Qin” qui a donné pour les Occidentaux son nom à « la Chine ».
L’empereur, Daoguang, (d’une ethnie mandchoue alors que la majorité de la population était Han) n’en menait pas large : toutes les bases de son État tremblaient. Sa population avait doublé en 70 ans et il y avait des famines et des révoltes paysannes récurrentes, son État centralisé était faible pour faire régner l’ordre et exécuter les lois, sa monnaie argent ne cessait de se déprécier face à l’or des étrangers, et -pire du pire- les Anglais avaient introduit un véritable fléau qui gangrénait toute l’élite intellectuelle et administrative : l’opium (oui Grigou: comme dans Tintin et Le Lotus Bleu).

En 1815, après avoir enfermé Napoléon à Sainte Hélène, la Compagnie anglaise des Indes Orientales est en effet revenue, toute puissante, commercer en Asie : elle fonde d’abord Singapour en 1819, prospère en Inde, puis toque aux portes commerciales de la Chine afin de vendre son textile à des prix imbattables. En vain : la Chine, protectionniste, refuse le libre-échange. Pour les Anglais, c’est très problématique : ils consomment tellement de thé (si, si, vraiment !) qu’ils souffrent d’un catastrophique déficit de leur balance commerciale.
  • Ils ont donc une idée machiavélique : exporter de l’opium pour contre-balancer leurs importations de thé. Oh, bien sûr, l’opium est une drogue à accoutumance[1], qui détruit lentement mais sûrement et qui « ne devait être autorisée qu’à l’exportation hors des frontières anglaises » – et ce n’est pas très moral d’en vendre. Mais les Chinois n’ont qu’à pas en acheter, après tout. Et puis une caisse d’opium se produit 240 roupies en Inde, et les Chinois achètent la caisse 2 400 roupies ! Comment résister ?
  • Bref, l’opium, pourtant interdit, se répand comme une traînée de poudre (près de 15% de la population chinoise en consomme) ; les mandarins se ruinent pour s’en procurer et les intermédiaires se corrompent à qui mieux mieux. Les Anglais se frottent les mains : alors qu’ils avaient un déficit de 10 millions de liang d’argent entre 1800 et 1820, ils deviennent tout à coup extrêmement bénéficiaires (+ 10 millions entre 1831 et 1833).
II.La guerre de l’opium : un cuisant échec pour les Chinois, dépassés par la supériorité militaire anglaise

La situation devient tellement désastreuse pour l’État chinois (dont l’élite se disloque et dont les Etats mafieux développés pour distribuer l’opium menacent le pouvoir impérial) que, en 1839, l’Empereur confie à un haut-commissaire l’organisation de la lutte contre cette « vulgaire saleté venue de l’étranger ». Celui-ci, courageux, n’y va pas de main morte :

  • il fait arrêter 1700 trafiquants de drogue chinois, confisque 70 000 pipes d’opium et, surtout, instaure la peine de mort pour les contrevenants – y compris s’ils sont Anglais (ce qui viole le principe d’extra-territorialité).
  • Et puis, comme si tout cela ne suffisait pas, il confisque l’équivalent de la moitié de la vente anglaise annuelle et, avec l’aide de la population, déverse la pâte d’opium sur les plages et dans la mer (juin 1839). Imaginez l’effroi british face aux £2 millions de perdues !
=> Aussitôt, bim, c’est la guerre.

 

Le problème, bien sûr, c’est que les Chinois ne sont absolument pas de taille, avec leurs petites jonques en papier face aux invulnérables navires britanniques bardés de canons : tous les affrontements tournent à la catastrophe, et les Anglais prennent rapidement pied en face de la ville de Canton, sur la petite île du « port parfumé » (= « Hong Kong » en chinois : stylé !). Ils finissent par remonter le fleuve Yangzi Jiang jusqu’à Nankin, la capitale du Sud, en août 1842 : l’Empereur, affolé, qui sent sa dynastie vaciller, doit accepter le fameux Traité de Nankin (1842), qui comprend entre autres:
– des indemnités de guerre astronomiques,
– l’extraterritorialité et le droit pour les Anglais de posséder des ports (dont ShangHaï)
– la concession de l’île de Hong Kong (qui ne fut rétrocédée à la Chine que 155 ans plus tard, en 1997)…
Les Occidentaux finissent tous par profiter de ces conditions avantageuses, jusqu’à ce que la Chine essaye de se rebeller une nouvelle fois, avec un échec encore plus cinglant : c’est la deuxième guerre de l’opium, de 1856 à 1860.
=> La Chine, toujours plus ravagée par l’opium, est entraînée dans une période de soulèvements intérieurs et d’humiliations extérieures au cours du XIXème siècle – nommé « siècle de la honte » – qui mène à la chute de l’Empire, en 1912. (Mais ça, c’est une autre histoire !)
La question du jour bonjour cache une des meilleures histoires de toute l’Histoire : « Quel est le nom de la bataille qui opposa le roi spartiate Léonidas et le Grand Roi perse Xerxès Ier ? »
Bon week-end à l’avance,
Tendresse, opium et chocolat,
Aude


[1] Elle se fabrique à partir de la capsule de pavot (“pavot somnifère”, celui dans lequel on trouve bien sûr la morphine – ou à partir duquel on fabrique l’héroïne. )

Envoyez à un ami DEVENEZ LECTEUR

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Passionné(e) d'histoire ? Recevez un email d'Aude chaque semaine.

Garanti sans spam