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L’origine du Trocadéro

On 14/11/2014 by admin
Cher lecteur, chère lectrice, cher(e) toi,

 

La dernière question du jour bonjour était horriblement dure. Il en faut de temps en temps ! (Mais cela n’a pas désarçonné les Tontons Flingueurs de l’HDJB, qui m’ont encore dézingué mon podium en trois minutes… Bravo, Infernal Jerem)
La question était : A quelle guerre (dates, thème ou nom) assez peu glorieuse pour la France, la place du Trocadéro fait-elle référence ? : il s’agit d’une guerre assez peu connue en France, pliée en moins de 6 mois en 1823 – à tel point qu’elle ne porte pas le nom de « guerre » mais d’« expédition »–, qui a visé à restaurer la monarchie absolue en Espagne (Objectif bien mais pas top, dont les conséquences furent bien mais pas top)

I.Contexte 1823 : l’Espagne tentée par la monarchie constitutionnelle

  1. La première Constitution (1812) :

L’Espagne avait un souvenir douloureux des Français : Napoléon avait fait abdiquer le 30 avril 1808 le roi et son fils pour installer son frère, Joseph Bonaparte – immédiatement, le 2 mai, la population madrilène s’était soulevée et, le 3 mai, les Français fusillèrent des insurgés : ce sont les très fameux tableaux de Goya, Dos et Tres de Mayo, que vous connaissez bien.

 

 Puis, entre 1808 et le départ des Français en 1813, les Espagnols ne cessèrent pas la guérilla d’indépendance (c’est d’ailleurs pendant cette guerre que le terme « guerrilla » a été inventé).

 

Pourquoi vous raconté-je cela, alors que notre Trocadéro se déroule en 1823 ?
Hé bien parce qu’en 1812, les Cortès de Cadix (=une assemblée dissidente du pouvoir de Joseph Bonaparte) mirent au point une Constitution, en attendant que leur roi bien-aimé, prisonnier en France (dans le château de Talleyrand : il y a pire & il n’était pas malheureux), ne revienne.

 

Or quand le roi revint, en 1814, il était un peu embarrassé par cette Constitution : elle lui liait tout de même les mains. Napoléon espérait qu’il la conserverait, mais, les Anglais aidant (Damn, encore eux), Ferdinand la supprima et revint à un pouvoir absolutiste (« Comme ça personne m’embête. Oh hé, hein, bon, c’est moi le roi ou quoi ? »)

 

  1. 1820 : réinstauration de la Constitution de 1812 :

Évidemment, en 1820, les libéraux – qui, comme leur nom l’indique, avaient pris goût à la liberté – se soulevèrent contre leur bon roi et tentèrent une Révolution (pfff, so 1789) : ce soulèvement est le premier des nombreux « pronunciamiento » de l’Espagne au XIXème siècle (=mot qui signifie « déclaration » : l’armée se déclare contre le gouvernement en place dans le but de le renverser) .

Le roi Ferdinand VII, pas très content, dut céder et revenir à une monarchie constitutionnelle, tout en tentant de lutter par une réaction absolutiste : la tension s’accrut jusqu’à aboutir, en juillet 1822, à la séquestration de la famille royale.
S’appuyant sur le Congrès de Vienne (1815), Ferdinand envoya donc des émissaires secrets pour demander à la Sainte-Alliance (Prusse, France, Autriche, Russie) de l’aider à se débarrasser de ces embarrassants libéraux… Par un traité (toujours secret), la France fut désignée pour intervenir : ses soldats passèrent la frontière début avril 1823.

 

 

II.La promenade l’expédition française

  1. Les Cent Mille Fils de Saint Louis (en fait 95 000 soldats – mais bon, allez, ça passe)

Évidemment, les libéraux français protestèrent : cimer la trahison, après 30 ans passés à défendre les principes constitutionnels dans toute l’Europe, on envoyait maintenant des soldats français faire l’inverse et défendre une monarchie absolue ?! Misère.

Mais Chateaubriand, ministre des Affaires Étrangères (ouiii, il n’a pas été qu’un très grand écrivain : il fut ministre de 1822 à 1824), était farouchement en faveur de cette guerre : sa verve conquit (presque) toutes les ardeurs – y compris celle du roi Louis XVIII, qui s’enflamma lui-même pour la cause : « Cent mille Français sont prêts à marcher en invoquant le nom de Saint Louis pour conserver le trône d’Espagne à un petit-fils d’Henri IV !».
Cette éloquence franchit la frontière et les Espagnols appelèrent l’armée los Cien Mil Hijos de San Luis (les Cent Mille Fils de Saint Louis) : bref, tout cela était assez lyrique.
Mais ce qui fut plus lyrique encore, ce fut la promenade de santé que les soldats français (qui n’avaient jamais combattu depuis la grande époque de la Grande Armée !) firent en Espagne : bénéficiant d’un plutôt bon accueil de la part de la population, ils battirent l’armée constitutionnelle à plate couture en Catalogne : elle recula, transféra la capitale de Madrid à Séville, puis de Séville à Cadix, emmenant dans ses bagages le roi prisonnier… Bref, les Ibères ne furent pas très rudes.
Les Français arrivèrent à la capitale provisoire, Cadix, en juillet et, le 31 août, enlevèrent à la baïonnette, à marée basse – en se jetant à l’eau (au sens propre du terme) – le fort du Trocadéro, qui défendait le port de la ville. Il y eut 35 morts du côté français et 5 fois plus côté espagnol : cette belle attaque fut considérée comme le fait de gloire de l’expédition, puisque Cadix et son gouvernement se rendirent dans les jours qui suivirent et que leur chef, Raphael del Riego, fut pendu juste après (paix à son âme).

  1. L’épilogue : comment la Restauration de Louis XVIII souligna cette victoire facile et utile:

 Louis XVIII exploita – et c’est de bonne guerre – ce « baptême du feu » réussi:
  • Positif en Europe (les autres pays avaient donné leur accord à l’intervention française)
  • Positif en France (c’était la première guerre depuis la fin de l’Empire + il fallait faire oublier le drapeau bleu-blanc-rouge et susciter l’adhésion autour du drapeau blanc de la Restauration)

Chateaubriand, le coquinou, très content de sa réussite, mentionne l’épisode dans ses Mémoires d’outre-tombe :

  • « Enjamber d’un pas les Espagnes, réussir là où Bonaparte avait échoué, triompher sur ce même sol où les armes de l’homme fantastique avaient eu des revers, faire en six mois ce qu’il n’avait pu faire en sept ans, c’était un véritable prodige ! »

(Alors primo, François-René, j’aimerais bien que tu n’appelles pas l’Empereur « Bonaparte », et deuzio, l’opposition reçue en 1823 n’avait vraiment rien à voir avec celle subie sous Joseph Bonaparte, donc mollo tout de même.)
Malheureusement, une fois libéré et l’absolutisme restauré, le roi d’Espagne exerça une assez brutale répression (Goya, comme bien d’autres, s’exila en France), si bien que la décennie qui suivit est restée dans l’Histoire comme « la décennie malheureuse » (ou « ignominieuse »).

Pour la petite histoire, trois ans après la bataille, une reconstitution de l’attaque du Trocadéro eut lieu : comme la colline de Chaillot ressemblait à celle du fort du Trocadéro, on y construisit un fort en carton-pâte et les “troupes” françaises “conquirent” le fort en partant du Champs-de-mars : en 1877, quand on bâtit un palais pour l’exposition universelle (détruit en 1935, remplacé par le palais de Chaillot), le palais et la place furent baptisés ainsi en l’honneur de cette bataille (et de cette reconstitution!)

La question du jour bonjour est moins dure que la dernière fois : « Quel président de la République fut renversé par un coup d’Etat soutenu par la CIA et se donna la mort dans son palais, en 1973 ? »

Kisses,

Aude

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