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Sissi, le conte de fée qui finit mal

On 03/04/2015 by admin

Hallo!

La question du jour était :“Sous quel nom est plus connue Élisabeth (Amélie Eugénie) de Wittelsbach, assassinée en 1898?“ et la réponse était Sissi (1837-1898) (bravo, Inamovible Alexis!).

Sissi, prononcé “Sissi” par la partie masculine de cette mailing list et “Siiissssssssiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!!!!!!!!! (+Franz ♥ ♥ ♥)” par la partie féminine (en accompagnant de préférence cette prononciation mentale par une folle envie de regarder la trilogie complète pour la 12ème fois), est une impératrice mythique : connue et enviée dans toute l’Europe pour sa beauté, épouse rebelle et fuyante de l’empereur François-Joseph d’Autriche qui l’aimait éperdument, morte assassinée par un anarchiste qui l’avait choisie au hasard… Bref, elle réunit tous les ingrédients pour faire rêver le monde − ce que fit d’ailleurs Romy Schneider dans les films de Marieshka.

Malheureusement, la réalité est parfois cruellement décevante et, de même que Franz-le-bel-et-romantique-empereur ressemblait à ça:  et non à ça:  (duuuur), Sissi était nettement moins solaire  et pétillante dans la réalité que dans les films. Au contraire, elle était même plutôt dépressive & névrosée − et en tout cas très préoccupée d’elle-même, de son corps, de sa minceur, de ses longs cheveux, avec en outre un goût prononcé pour la poésie mélancolique et les icônes morbides qu’alimentèrent encore plus les destins il est vrai tragiques de sa famille.

Bref, elle eut une vie en conte de fée inversé : qui commence bien et se termine mal…

 

  1. Le conte de fée : un mariage d’amour entre le prince et la princesse l’Empereur et la duchesse

Franz (1830-1916), devenu empereur à tout juste 18 ans, avait hérité en 1848 du trône de son grand-père. A 24 ans, beau parce qu’il n’avait pas encore ses favoris, il était un des hommes les plus puissants et un des meilleurs partis d’Europe.
  • Exactement comme dans le film, sa mère, la fameuse archiduchesse Sophie, décida qu’il épouserait Hélène, sa cousine germaine − mais c’était sans compter sur son immense coup de foudre quand il vit la petite sœur de 15 ans, Sissi (1837-1898), charmante et romantique. Pour la première fois, il défia sa mère, et, lors du bal, au lieu d’offrir à Hélène une rose en signe d’élection, il se tourna vers Sissi et lui offrit le bouquet tout entier (comme dans le film!). La pauvre Hélène fut terriblement humiliée, mais Sissi et Franz, amoureux, se fiancèrent deux jours plus tard. Sissi dit tout de même à sa mère: “Si seulement il n’était pas empereur“…
  • Adorant écrire des poèmes, qui parlaient de préférence de la mort (son amour de jeunesse venait de mourir de la tuberculose), Sissi avait, comme son père Max, un caractère non conventionnel, voire une profonde horreur de l’étiquette, et préférait largement aller boire des bières dans les tavernes avec son père ou rêver au milieu des montagnes et au-dessus des lacs que de suivre les protocoles de cour qui dataient de Charles Quint: le matin de sa nuit de noces, elle écrivit d’ailleurs un poème assez sombre:
Oh puissé-je n’avoir jamais quitté le sentier de la liberté!
Je me suis réveillée en prison, les mains retenues par les chaînes, le désir toujours plus ardent : liberté!
Liberté tu m’as délaissée, je me suis réveillée d’une ivresse qui tenait mon esprit captif…”

…Bref, du bon gros wedding blues, dès les premiers jours.

Comme le soulignent les films de Romy, on lui retira ensuite la garde de ses enfants  l’archiduchesse Sophie la jugeait trop immature. Mais, quand Sissi n’en fit qu’à sa tête et emporta ses filles dans un voyage fortement déconseillé par Sophie -parce que jugé trop dangereux pour la santé des enfants-, sa petite fille aînée mourut dans ses bras, causant chez elle une terrible culpabilité : elle ne s’occupa dès lors plus guère de ses enfants…

 

II. La tragédie ou Le conte de fée qui vire au drame: une obsession pour le Beau et des drames familiaux à répétition

Beaucoup plus aimée par Franz qu’elle ne l’aimait, Sissi le délaissa également : il travaillait toute la journée (en se levant à 4h30), alors qu’elle vivait dans un monde consacré à la recherche du Beau et de la Poésie.
  • Fascinée par Shakespeare, Achille et le poète H. Heine, elle passait par exemple presque trois heures par jour à faire coiffer son immense chevelure pendant qu’on lui récitait à voix haute et en grec les œuvres d’Homère puis qu’elle allait faire de l’équitation…
  • Détestant Vienne où elle suffoquait, elle multiplia les voyages, de plus en plus longs, à bord d’un luxueux train conçu pour elle, dans les endroits les plus sublimes (Madère, Trieste, Corfou – où elle se fit d’ailleurs construire un palais dans un endroit superbe) mais elle s’imposait également à elle-même cette recherche de la Perfection : pour y parvenir, elle torturait son corps au sport, au point de se causer d’atroces sciatiques (qu’elle soignait avec des piqûres de cocaïne) : avec 46 kg pour 1m75, elle a souvent été considérée comme anorexique…
  • Adorant la Hongrie, elle inspira à Franz le compromis austro-hongrois” de 1867 qui créa le royaume d’Autriche-Hongrie : la Hongrie reçut un traitement égal à l’Autriche, alors qu’elle n’était auparavant qu’une minorité parmi d’autres dans l’Empire.
La malédiction du suicide (?) de son cousin préféré:
  • Son cousin préféré, Louis II de Bavière, qui, quoique torturé par son homosexualité, l’idolâtrait d’un amour platonique et sublimé, partageait avec elle, jusqu’à la folie, le culte du Beau. Plus qu’elle encore, ce jeune roi s’enferma dans la bulle d’un monde étrangement féerique et wagnérien, peuplé de héros germaniques et de chevaliers romantiques dans les châteaux extravagants qu’il fit construire (dont le célèbre Neuschwanstein, qui inspira Walt Disney, ou son imitation du palais de Versailles, qui coûta plus cher que l’original…).
  • La mort énigmatique de Louis II a renforcé son mythe : déclaré fou, il fut forcé d’abdiquer et, le tout premier jour, fut retrouvé mort dans un lac, sans blessure ni eau dans les poumons, aux côtés de son médecin étranglé et noyé… On conclut au meurtre par Louis suivi de son suicide, mais aujourd’hui encore les historiens se disputent passionnément sur ce sujet.

 

La malédiction du suicide (?) de son fils:

  • Enfin, la pire tragédie de Sissi fut la mort de son seul fils, Rodolphe, l’héritier au trône: débauché, aimant l’alcool, la drogue et les femmes au point d’avoir été contaminé par une maladie vénérienne puis de contaminer à son tour son épouse -qui devint stérile-, il sombra dans une profonde dépression. Très francophile, il se heurtait en outre à la politique de son père, qu’il jugeait autoritaire et pro-germanique. Il fut retrouvé mort en 1889 dans un pavillon de chasse, une jeune amante à ses côtés, mais la thèse officielle du double suicide (il l’aurait tuée avec son accord avant de se tuer) n’explique pas pourquoi sa balle rentra par sa tempe gauche − alors qu’il était droitier…
  • Franz accusa le choc, mais Sissi, qui dormait déjà à la lumière d’une statue mortuaire électrifiée et éclairée de vert, se sentait poursuivie par le sort et multiplia les séances de spiritisme pour communiquer avec les esprits des disparus. Déjà perpétuellement voilée pour masquer ses rides, elle ne se vêtit plus qu’en noir : quand ils la voyaient avec ses dames de compagnie, les enfants s’enfuyaient en criant, croyant aux rumeurs qui disaient qu’on mourait dans l’année si on les croisait…. (=> Bref, Sissi était progressivement passée du statut de princesse bénie à celui de sorcière maudite)

Son assassinat

Un jour qu’elle était incognito (enfin, pas tant incognito que cela visiblement) à Genève, un jeune anarchiste qui cherchait une tête couronnée d’Europe à tuer la poignarda : elle mourut sans comprendre ce qui lui était arrivé.

Quand on annonça sa mort à François-Joseph, qui n’avait jamais cessé de l’aimer depuis le premier jour (il lui avait encore écrit le matin de son assassinat), le vieil empereur éclata en sanglots : « Rien ne me sera donc épargné sur cette terre », murmura-t-il. Le pauvre mourut en effet suffisamment tard (en 1916) pour voir sa famille détruite et son empire  en pleine destruction…

 

La question du jour est : « Quel pape ratifia le Concordat de Napoléon en 1801 puis fut fait prisonnier par lui?  »

Kisses & apfelstrudels,

Aude


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