Passionné(e) d'histoire ? Recevez un email d'Aude chaque semaine.

Garanti sans spam

1er janvier 1959 : le réveillon de la révolution cubaine

On 31/12/2014 by admin

¡Holà queridos !

Cuba est souvent au devant de la scène, mais on oublie trop souvent pourquoi.

Lors du réveillon d’il y a 56 ans (le 31 décembre 1958)… Pendant que les Cuba Libre et les airs de salsa coulaient à flots dans les casinos, le chef de l’Etat cubain, Batista, s’enfuyait : Fidel Castro et son fidèle Guevara, descendus des montagnes pour leur révolution, avaient conquis les villes avec quelques fusils et beaucoup de chansons.
En quelques mois, ces deux hommes devinrent les icônes de toute une génération – tout pubère-rebelle qui se respecte possède d’ailleurs encore un tee-shirt à l’effigie du Che (dont toi, Lecteur, je le sais) (Ne rougis pas de ton adolescence).
Bref, bravo à Briac pour avoir deviné qu’il s’agissait de ce pays mythique  – et évoquons :

  1. L’histoire de Cuba
  2. L’histoire de sa révolution

I. Cuba Libre, ou l’histoire d’une île au sang chaud

  1. Pourquoi le cocktail Cuba Libre s’appelle-t-il Cuba Libre ? (Ben oui tiens, au fait ?)

Après avoir été découverte en 1492 par Christophe Colomb, l’île de Cuba passa sous domination espagnole pendant quatre siècles : l’essentiel de l’économie de l’île, jusqu’à la fin du XXème, était fondée sur l’esclavage, qui produisait le sucre, le tabac & le café.

En 1898, grâce à l’armée américaine, Cuba gagna une sanglante guerre d’indépendance contre l’Espagne : « ¡ Por Cuba Libre !  s’écria un soldat ricain en portant un toast de Coca américain mélangé à du rhum cubain: ». L’île devint, pendant trois ans, un protectorat des Etats-Unis et le cocktail Cuba Libre, avec son mélange produit local / produit américain, est un bon symbole de cette indépendance aidée.

Puis, en 1902, Cuba devint vraiment Libre : les Etats-Unis conservèrent juste un petit bout de territoire en récompense de leurs services – c’est le fameux Guantanamo, la prison américaine dont on ne comprend jamais pourquoi elle se situe à Cuba.

  1. L’adolescence politique et économique d’un pays : comment devenir réellement indépendant du grand-frère américain en deux leçons

Très marquée par sa population essentiellement pauvre, illettrée et très récemment affranchie, Cuba chercha alors de manière très chaotique :

  • Un équilibre économique (mais c’était difficile, avec la domination américaine écrasante : les Ricains possédaient les terres, importaient le sucre et l’alcool (surtout pendant la Prohibition (1919 à 1933)) et exportaient en échange la Pègre).
  • Un équilibre politique (mais ce fut en fait une succession de tentatives démocratiques ratées où domina, progressivement, un certain général Batista,  pro-américain, qui tirait dans l’ombre les ficelles des gouvernements (à partir de 1933)).

=> Bref, comme on le voit assez bien dans Le Parrain II, l’île était le terrain de jeux des Etats-Unis et de la mafia.
Après la guerre, en 1952, Batista revint avec un coup d’Etat qui annula les élections prévues quelques semaines plus tard. Ce faisant, il empêcha un jeune ambitieux d’être élu député cette année-là : Fidel Castro – qui décida de mettre à exécution la menace qu’il avait déjà faite à Batista : il allait le combattre jusqu’au bout.
Mais au fait, avant de devenir un des barbus pré-hipsters les plus célèbres de la planète, qui était Fidel ?

 

II. La romanesque révolution cubaine

  1. La vie de Fidel Castro avant la révolution : un ambitieux étudiant qui voulait la Révolution

  •  Né en 1926, Fidel Castro était le fils ‘bâtard’ d’un richissime colon qui contrôlait des hommes et des terres à perte de vue dans l’Est de l’île ; il fit toute sa scolarité dans des écoles catholiques, puis dans le meilleur lycée de l’île, chez les Jésuites. Il se distinguait de ses camarades – qui avaient la chance d’être des enfants légitimes – parce qu’il ne souriait et ne jouait jamais : il ne cessait de lire, apprendre et travailler – comme s’il voulait se battre pour conquérir sa place et se venger de sa naissance.
  • Evidemment, il devint rapidement brillant, et décida de devenir avocat à la sortie du lycée – mais surtout, passionné de l’histoire de son pays et du récit des héros de l’indépendance (qui n’étaient, finalement, morts que 50 ans auparavant), il s’engagea très vite dans la politique estudiantine – assez violente dans cette île au sang chaud. Il finit par adhérer à 20 ans au parti “orthodoxe” (=nationaliste et anti-communiste).
  • [NB : il lui a été reproché d’avoir menti, voire trahi et nié ses convictions au fur et à mesure de sa carrière (et, en effet, vous verriez ses yeux de cocker innocent lorsqu’il jurait aux Américains, en 1959, qu’il n’était pas communiste, vous en douteriez vous-mêmes). Mais, à titre personnel, ce reproche me semble trop rapide : il est plus cohérent d’admettre que Fidel Castro s’est progressivement rapproché du moyen qui lui permettait le mieux de lutter contre la tutelle américaine à Cuba – d'ailleurs la révolution castriste n’est probablement devenue réellement communiste que parce qu’elle était essentiellement anti-américaine dans un monde bipolaire.]
  1. La lutte à mort contre Fulgencio Batista

Même si Fidel était d’un milieu proche du général Batista, il prit un parti radicalement opposé à lui dès le début :

  • Fidel aurait pu devenir le ministre de la Justice de Batista en 1952 : il avait épousé très jeune (à 22 ans) une jolie jeune fille bien née, sœur du Ministre de l’Intérieur. Grâce à sa belle-famille, il fit la connaissance du général Batista, qui lui parla du coup d’Etat qu’il comptait faire et lui offrit un poste dans son futur gouvernement : Fidel déclina et jura de le combattre. (Là il gagne beaucoup de points).
  • Dès le coup d’Etat de Batista opéré, Fidel mit sa menace à exécution : il mena en 1953 une folle attaque contre des soldats de Batista. Ce fut un véritable carnage dans les deux camps (les soldats de Batista, surpris au lit et en pyj, furent tirés comme des lapins avant de se défendre deux fois plus violemment). Deux tiers des 123 compagnons de Fidel furent massacrés et Fidel, arrêté puis jugé, plaida sa propre défense : une sorte de long discours dans lequel figure le célèbre : « L’histoire m’absoudra[1] ». (Là, on a envie de lui faire perdre des points, mais on admet que face à un pouvoir mafieux, pas facile de s’y prendre avec douceur et sans effusion de sang)
  • Batista, qui aimait bien Castro malgré tout & qui voulait croire qu’il changerait, accepta de le condamner à la peine, très minorée de 15 ans – puis il le grâcia au bout de deux ans ! (Pfff y’a pas mieux pour rater l’éducation d’un enfant que de pas tenir une punition)
  • Evidemment, le futur Lider Maximo s’empressa de s’exiler avec son frère au Mexique (« Too bad, Batista, che n’ai pas chanché »). Là-bas, il fit la connaissance d’un certain… Che Guevara : Le Che et lui parlèrent toute une nuit – et au petit matin, le Che avait des étoiles dans les yeux et était prêt à suivre Fidel jusqu’à la mort.

Fidel, son frère et le Che repartirent à la conquête de Cuba l’année suivante (Décembre 1956- cf carte) :

  • Encore une fois, ce fut un massacre (en débarquant sur l’île, les trois quarts des compagnons de Fidel furent tués). La poignée d’hommes restante se réfugia dans la jungle des montagnes cubaines, traqués – mais les journaux internationaux furent séduits par ces hommes d’à peine 25 ans, barbus (=nommés les « barbudos » car n’ayant pas les moyens de se raser), idéalistes et romantiques, qui filaient toujours entre les doigts du général Batista. Quel lecteur au monde peut résister à ce récit du gendarme et du voleur (surtout quand le voleur a un discours démocrate et anti-communiste et que le gendarme est corrompu)? Evidemment, tout le monde préféra les bandits – y compris les Etats-Unis, qui se sentaient assez mal à l’aise dans le rôle des sponsors du général violent que la population soutenait de moins en moins.
  • Les Etats-Unis finirent par retirer leur aide à Batista et refuser de livrer des armes à son armée => tout alla alors très vite : en quelques mois, la petite poignée de barbudos, qui était à peine une centaine début 1958, réussit progressivement à conquérir toute l’île, aidée de la population et des soldats qui se rendaient parfois sans combattre. Fidel, qui faisait croire que son armée était bien plus puissante qu’elle n’était réellement (il appela par exemple « quatrième colonne » la seconde colonne de soldats créée pour le Che) et inondait la radio clandestine de ses longs et légendaires discours qui enflammaient le peuple.

Enfin, le soir du réveillon, à l’aube du 1er janvier 1959, alors que Che Guevara venait de remporter une brillante victoire dans Santa Clara, Batista quitta La Havane et ne revint jamais. Sale réveillon pour Batista.

La population en liesse accueillit les jeunes héros et la révolution s’installa…
Bien sûr, dès lors, la révolution prit un tour beaucoup moins drôle, se durcissant progressivement, éliminant ou exécutant tous ceux qui ne correspondaient pas à la nouvelle ligne soviétique qui s’imposa peu à peu – sous l’influence de Raúl Castro et du Che notamment. Bref le pays entier se figea, comme si le temps s’était arrêté en 1959 (ce qui nous donne très égoïstement très très envie d’en profiter).

Cet état de fait peut être amené à changer rapidement : vous aurez noté que les Etats-Unis, qui ont cessé d’être fâchés de s’être fait avoir par les yeux de cocker de Fidel-le-soi-disant-pas-communiste-mon-oeil, lèvent leur embargo sur les voyages et les transferts d’argent.

Voici la question du jour bonjour (beaucoup plus dure que la dernière fois, parce qu’on m’a reproché de ne pas l’être assez) : Quel connétable de France était surnommé « le Dogue noir de Brocéliande » ?

2015 besos,

Aude


[1]Je terminerai ma plaidoirie d’une manière peu commune à certains magistrats en ne demandant pas la clémence de ce tribunal. Comment pourrais-je le faire alors que mes compagnons subissent en ce moment une ignominieuse captivité sur l’Ile des Pins ? Je vous demande simplement la permission d’aller les rejoindre, puisqu’il est normal que des hommes de valeur soient emprisonnés ou assassinés dans une République dirigée par un voleur et un criminel. Condamnez-moi, cela n’a aucune importance. L’histoire m’absoudra.”

Envoyez à un ami DEVENEZ LECTEUR

Leave a Reply

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Passionné(e) d'histoire ? Recevez un email d'Aude chaque semaine.

Garanti sans spam