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Al Capone – Avant lui, le mot “gangster” n’existait pas

On 25/09/2015 by admin

Hello Gangsta,

La question du jour bonjour était « A en croire sa carte de visite, quelle était la profession d’Al Capone? » et la réponse, impossible à inventer, était “vendeur de meubles d’occasion“.
Bravo aux 5 héros du jour qui ont réussi à trouver ! (et particulièrement à Guillaume N.)
Affiche Al Capone

 

Evidemment, ce brave Al n’était pas réellement vendeur de meubles d’occasion, comme les plus perspicaces d’entre vous s’en doutent : malgré la façade d’honorabilité qu’il a soigneusement voulu préserver, Al Capone était, en toute modestie, le gangster le plus connu du monde − d’ailleurs, comme le proclame l’affiche ci-jointe, le terme “gangster” est réellement apparu avec lui pendant la Prohibition (1919-1933).

Concrètement, en additionnant prostitution+jeu + trafic d’alcool + rackets + escroqueries +corruption de la police-du maire-des magistrats + fraude électorale et fiscale + kidnappings + mutilations + meurtres, Al Capone a multiplié les crimes et les dollars − jusqu’à devenir très, très, très riche − et, ce qui est moins intuitif pour nous, très, très, très (re)connu et même très populaire. Du coup, quand on demandait au Président Hoover à quoi il pensait en se rasant, il répondait “à Al Capone”. (Blaze flattez-moi!)
Les péripéties de sa vie ont très clairement inspiré Le Parrain I (meilleur film de la planète) : le parallèle avec Michael Corleone permet d’ailleurs de comprendre une partie de sa popularité à l’époque − si difficilement imaginable ou compréhensible aujourd’hui (ce dont, a contrario, le film Les Incorruptibles rend très mal compte, parce qu’il donne une idée à peu près aussi exacte sur Eliott Ness vs Al Capone qu’un reportage de Fox News sur Paris.)

 

 

Il était une fois en Amérique:
Alphonse, Al de son petit nom, était né en 1899 dans une vraie famille italienne comme on les aime : 9 enfants, la Mamma hyper catholique-Sainte-Marie-pleine-de-grâces-dont-la-statue-est-sur-la-place, le père barbier travailleur, exigeant & content d’être arrivé sur la terre pleine de promesses d’Amérique : rien (ou tout?) qui laisse prévoir la Mafia Pour Tous.
Bien sûr, les Capone étaient pauvres (comme tous les immigrés à New-York) et bien sûr, Alphonse traînait dans les rues, devenant peu à peu un gros enrobé dur : à 16 ans il fut engagé comme videur grâce à son voisin & mentor Don Corleone Johnny Torrio ; à 18 ans il complimenta une fille italienne sur ses fesses devant son frère (Al Suicidaire Capone) et il récolta trois cicatrices sur la joue gauche + le surnom mythique qu’il haïssait de “Scarface”. (D’où le film).
Bref, à 20 ans en 1920, il était déjà marié, déjà syphilitique pour avoir connu trop de prostituées, ayant déjà un enfant dont le parrain était, judicieusement, Johnny Le Parrain Torrio… : il n’avait pas perdu son temps

 

Al Capone, le Robin des Bois qui permettait aux pauvres de boire de l’alcool, d’avoir des prostituées pas chères et de frauder ces salauds des impôts:
Carte ChicagoA 21 ans, Al rejoint son mentor, Don Johnny Torrio, à Chicago, ville rêvée pour le crime grâce à sa situation de plaque tournante à la frontière du Canada :

  • Ensemble, ils se débarrassèrent du parrain local, qui avait commis la double erreur de refuser d’étendre son business au trafic d’alcool et de tromper la tante de Torrio (bien fait pour lui : son proxénétisme était en réalité un atroce esclavagisme avec kidnappings, viols, et destruction de toute liberté ou volonté des filles)
  • Ils se lancèrent dans le trafic d’alcool, la plus belle mine d’or dont un malfrat pouvait rêver : en 
    1919
    , le Congrès américain avait en effet voté le Volstead Act, une interdiction totale de consommer ou vendre de l’alcool. Les fous[1].
  • Sans bière avec mafiaEvidemment, pour un pays de pionniers comme les Etats-Unis, où le tout jeune Etat fédéral -cet être froid et désincarné- était mal accepté, l’interdiction d’alcool était un peu le pompon. Le jeu et la prostitution, ok, mais là, trop c’est trop => la vision de la pègre n’était pas seulement différente d’aujourd’hui : elle était en fait presque inversée ; le gendarme était vu comme le voleur (la corruption dans Chicago atteignait en effet des degrés inimaginables avec un maire pourri jusqu’à la moelle) et les mafieux étaient les bons gars de la rue grâce auxquels on pouvait boire et s’amuser. En gros.

Aux côtés de son mentor, Al Capone comprit très vite le parti qu’il pouvait tirer de cette popularité :

  • Johnny TorrioJohnny Torrio était un vrai parrain à la Marlon Brando : irréprochable envers sa femme et sa famille, distingué & discret, il avait même temporairement sacrifié les affaires pour aller installer sa mère en Italie dans une maison avec quelques millions (Y’a tant d’amour, de souvenirs, autour de toi, toi la Mamma).
  • Quand Torrio revint, Al et lui firent abattre le chef du gang rival “les North Siders”, un Irlandais (qui était également réellement fleuriste et pas simplement pour la carte de visite) ; évidemment, les North Siders répliquèrent et tentèrent de les abattre tous deux : Torrio ne s’en sortit que par miracle[2]. Al Capone assura sa sécurité à l’hôpital en dormant dans un lit de fortune dans sa chambre (Le Parrain I n’a rien inventé) et Torrio, dès sa sortie, prit sa retraite (quel génie) en confiant son empire à Al Capone. Al n’avait que 25 ans.

 

Gangsta’s paradise
Al Capone commença avec ses frères son règne public sur Chicago :

  • Même s’il voulait l’imiter, Al Capone n’était pas comme Johnny Torrio (qui ne fumait pas / ne buvait pas / ne jurait pas) : il était une petite brute au sang chaud, capable de descendre un type sur place parce qu’il avait commis l’erreur d’insulter son ami juif (styléééé) ou de défoncer un à un à coups de batte de baseball les crânes de trois amis avec lesquels il venait de dîner, après les avoir fait ligoter sur leur chaise (moins stylééé).
  • Portrait CaponeDu coup, il s’installa dans un hôtel luxueux où ses hommes pouvaient trouver en permanence 50 chambres & des prostituées (Alphonse La Défonce). Il employait 750 / 800 personnes, avait un chiffre d’affaire annuel phénoménal de ~800 millions d’euros actuels (mais dont le coût de fonctionnement était onéreux : un tiers passait par exemple aux pots-de-vin), s’achetait des costumes à 5 000$ (ce qui équivaut à ~60 000€, soit encore plus que la dernière robe de Sophie), disait que ses cicatrices venaient de blessures de guerre, allait à l’opéra, aux courses sportives & à des bonnes œuvres et déclarait à tous les journalistes « Près de 90% des habitants de Chicago boivent et jouent. J’essaie de leur servir de l’alcool de bonne qualité et des jeux équitables » et « On peut obtenir beaucoup plus avec un mot gentil et un revolver qu’avec un mot gentil tout seul. ». Bref, il était un “homme d’affaires”, ou plutôt voulait être considéré comme tel.
  • En réalité, la guerre des gangs faisait rage : au bout de deux ans (1927), Al Capone finit par réunir tous les chefs de famille[3] en leur disant qu’il “ne voulait pas finir troué par les balles d’une mitraillette” et qu'”il y avait assez de gâteau à Chicago pour que tout le monde ait sa part sans être obligés de s’entre-tuer comme des animaux”. Une amnistie, avec oubli de toutes les précédentes vengeances, fut décidée. Elle ne dura que deux mois…

 

From Saint Valentin with love:
Malgré (ou à cause de) son pouvoir croissant, son règne fut bientôt terminé :

  • En 1929, le jour de la Saint Valentin, il décida de se débarrasser définitivement de ses rivaux du North Side : lors d’une livraison d’un camion d’alcool, les hommes de Capone, déguisés en policiers, interpellèrent 7 North Siders et les criblèrent de balles. (Un d’eux, encore vivant malgré ses 14 balles quand la vraie police arriva, eut le temps de dire “C’est un accident, personne ne m’a tiré dessus”, avant de succomber. Lolve)
  • En fait, ce “massacre de la Saint Valentin”, qui fit les choux gras du monde entier, est une des plus grosses erreurs d’Al Capone : même si personne ne put l’incriminer et qu’il devenait vraiment seul maître de Chicago, l’opinion prit conscience qu’il était un meurtrier[4] (tout de suite les grands mots) − d’autant qu’au même moment, Eliott Ness, l'”Incorruptible”, donnait enfin à l’Etat fédéral un visage humain qui pouvait incarner le Bien.

Al Capone essaya donc de se faire oublier, en se faisant arrêter et emprisonner pendant dix mois pour port d’armes − mais quand il sortit, le Président Hoover avait vraiment juré sa perte (en se rasant le matin) et, puisqu’on n’arrivait jamais à le coincer malgré des mises à prix de presque un million d’euros, on le coinça sur ses revenus qui trahissaient a minima des fraudes fiscales. Les impôts c’est la vie.

  • Le procès fut spectaculaire et à rebondissements : Al Capone essaya de se faire passer pour Robin des Bois (euh…du calme) et accepta de plaider coupable en échange d’une peine de 2 à 3 ans ; la presse eut vent de l’accord et le juge retourna sa veste : il changea le jury corrompu à la dernière minute et fit condamner Al Capone à 11 ans de prison en 1931. Retourne à Sherwood, Robin.
  • Al Capone, accompagné par Eliott Ness, fut envoyé dans une prison plutôt sympa, puis transféré à Alcatraz, prison pas sympa du tout : là-bas, très malade parce que sa syphilis avait atteint le stade neuronal, il fut un peu victimisé (ça fait quoi d’être de l’autre côté?) et faillit même être tué. On le libéra en 1939 : il était déjà quasiment un légume alors qu’il avait à peine 40 ans.
  • Sa femme s’occupa de lui jusqu’à sa mort, sept ans plus tard, dans leur luxueuse maison de Miami ; entre-temps, la Prohibition était terminée, la guerre était passée et l’Amérique avait bien changé (mais sa mémoire est restée).Mémoire

La question du jour est : « Comment s’appelait le mari de Léopoldine Hugo, la fille préférée de Victor? »

Kiss kiss bang bang,

Aude


[1] (Je compatis totalement en pensant aux 105 millions d’Américains (=démographie de 1919) qui, pendant 14 ANS, ont dû se priver d’alcool, parce que c’était illégal d’en boire. Mais quelle t o r t u r e.)

[2] C’est encore mieux que la scène de Marlon Brando qui achète des oranges : Torrio portait les bagages de sa femme chérie et fut abattu par une rafale. Il entendit le “clic” du barillet vide quand on voulut lui en tirer une dernière dans la tête, avant que les meurtriers ne soient obligés de s’enfuir, croyant qu’une camionnette de renforts arrivait

[3] Cette réunion est l’ancêtre du “Syndicat du Crime” (nom si parfait), créée 4 ans plus tard au niveau national sous l’égide de Johnny Le Sage Torrio

[4]Au total, on peut attribuer 400 morts à Al Capone, dont 40 de ses propres mains

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