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Die Weiße Rose – La Marguerite Blanche

On 28/10/2016 by admin

Chers, chers, vous,

Pour reprendre en douceur les HDJB, je pensais à une douceur de fleur. Une fleur ? Que dis-je, une rose, une rose blanche. Comme le groupe de résistance La Rose Blanche.
Bon, ok, en réalité, leur histoire pique un peu (mais après tout, c’est le principe d’une rose).
Rose Blanche
L’histoire de La Rose Blanche, c’est l’histoire de six étudiants, entre 21 et 24 ans, qui fondent un groupe de résistance avec leur professeur de philo pendant la seconde guerre mondiale. La particularité des membres, c’est qu’ils sont allemands – or on a toujours l’impression qu’aucun Allemand (sauf eux) n’a résisté pendant la seconde guerre mondiale. [C'est est un peu injuste parce que, avant-même le début de la guerre, Hitler avait fait arrêter ou déporter plus d'un million d'opposants allemands. Donc merci pour eux de ne pas les oublier.]

Jugend dient dem FührerMais ce qui rend en fait ce groupe de résistance vraiment spécial, c’est surtout qu’il est constitué de jeunes parfaitement “acceptables” dans les critères nazis et de surcroît formés aux Jeunesses Hitlériennes (comme tous les ados qui avaient besoin de passer le bac). Pire que tout du point de vue d’Adolf : cette résistance, intellectuelle et non violente, intervient au beau milieu de la guerre, en juin 42, au moment où il triomphe sur tous les fronts.
Ces étudiants écrivent des tracts où ils citent Lao-Tseu, Schiller ou Aristote, collectent du pain pour les détenus des camps ou encore inscrivent “Liberté” sur les murs, à la Eluard : bref, on les aime bien, donc racontons un peu comment ils ont brisé la belle harmonie du Reich.

 

Au début, il y a Hans Scholl. Hans a 23 ans en 1942 et il décide, avec trois amis et sa sœur, d’imprimer un tract contre Hitler et de le diffuser dans son université & dans toute l’Allemagne[1].

L’éveil de la conscience de Hans est progressif : obligé de passer ses “vacances” étudiantes dans l’armée, il est d’abord envoyé en France occupée. Comme il a très bon goût, il tombe amoureux de la France (nous aussi on t’aime, Hans). Il profite de son séjour pour lire tous les meilleurs auteurs français – et aiguiser son esprit critique contre le nazisme. Quand il revient à Münich, il se passionne pour la philosophie et se constitue un petit groupe d’amis hostiles à Hitler.

Au même moment, sa sœur Sophie, forcée de s’engager au “Service du travail du Reich” pendant un an (joie, bonheur & lobotomie), résiste à sa manière en lisant en cachette des livres interdits et intelligents (tautologie). Quand elle revient, elle a pris la même décision que son frère : former son esprit pour mieux résister. Sa phrase préférée est d’ailleurs : « Il faut avoir l’esprit dur et le cœur tendre » (en français s’il vous plaît !) (on t’aime aussi Sophie).

Quand Sophie revient à Münich, elle rencontre les amis de Hans : intéressants, cultivés, outillés mentalement et chrétiens eux aussi. En quelques mois, le petit groupe (Hans, Sophie, et trois amis) rédige et diffuse ensemble quatre tracts incendiaires qui dénoncent déjà les 300 000 premiers morts de la Shoah, décidée pourtant seulement deux mois auparavant (ce qui prouve que les Allemands qui voulaient savoir et comprendre savaient et comprenaient). Prenant un peu au hasard, pour sa beauté poétique, le nom de « La Rose Blanche », le groupe court des risques insensés en envoyant de partout ces tracts. Parallèlement, ils se lient d’amitié avec Kurt Huber, un prof de philo catholique de leur université.

 

Sophie & les autres

L’été 1942 arrive sans que la police ait réussi à les repérer. Hans, Willi et Alexander sont envoyés à nouveau en “vacances” dans l’armée – cette fois-ci, Hans est dirigé vers le front de l’Est. Il constate avec effroi les horreurs infligées aux juifs, aux prisonniers soviétiques et aux populations locales. Une anecdote, racontée par une sœur survivante de Hans, résume bien à mes yeux sa personnalité : un jour qu’il stationnait en train d’une gare polonaise, Hans voit une jeune Juive famélique en train de piocher sur le bord de la voie. Ni une ni deux, il saute par la fenêtre de son wagon et dépose à ses pieds tout ce qu’il a : sa ration, son chocolat, des noix. Mais la jeune prisonnière, qui ne voit en lui qu’un soldat, ramasse dignement le paquet et le rejette à ses pieds. Hans, malheureux, le reprend et lui dit en souriant : « J’aurais tant voulu vous faire une petite joie. ». Il cueille alors une marguerite qu’il dépose près du paquet avec une révérence, puis, comme son train redémarre, saute en marche. Il aperçoit de loin la jeune fille : elle regardait son train s’éloigner. Elle avait mis la marguerite blanche dans ses cheveux.

Quand Hans et ses amis reviennent, quatre mois plus tard, en octobre 1942, ils impriment de nouveaux tracts, appelant au sabotage, et veulent passer à la vitesse supérieure en imprimant des milliers d’exemplaires… C’est une opération extrêmement difficile logistiquement puisqu’ils n’ont pas d’outils ni de couverture professionnelle. Mais, en réalité, leur plus gros problème est surtout que protester au beau milieu d’une guerre les fait passer pour des traîtres. Toute la jeunesse du pays étant sur le front, le fait de lutter contre ce pourquoi elle verse son sang paraît une trahison personnelle envers ces soldats… Mais pour Hans : « Tout peut être sacrifié au plus grand bien de l’État, tout, sauf ce que l’État doit servir ». Bien dit Hansy.

Cour d'universitéAprès plusieurs voyages dans toute l’Allemagne et des visites à des “leaders d’opinion”, la Rose Blanche est de plus en plus surveillée. Les tracts sont subrepticement confisqués par la Poste; et puis, un beau laid matin du 18 février 1943, Hans et sa sœur Sophie sont aperçus par le concierge de leur université en train de jeter un dernier paquet de tracts, du haut du deuxième étage. Aussitôt arrêtés avec un de leurs amis, ils sont immédiatement livrés à la Gestapo et emprisonnés.
Freisler, le plus (tristement) célèbre juge de l’Allemagne nazie & vieux compagnon de route d’Hitler, est envoyé pour les juger condamner. Le procès est une parodie : leur avocat, commis d’office, refuse de défendre les trois étudiants et ajoute qu’il a honte pour eux. Ils se défendent eux-mêmes, très courageusement. Quand Freisler demande à Sophie si elle aurait tué Hitler si elle en avait eu l’occasion, elle répond très calmement : “Oui, sans hésiter”.

Evidemment, Freisler les condamne à mort. Hans, Christoph et Sophie sont guillotinés immédiatement après leur jugement, le 22 février 1943. C’était contraire à la loi, qui imposait 99 jours de délai (mais Freisler est habitué à violer la loi – il ne faisait pas la fierté d’Hitler pour rien). Fritz, “ami de cœur” de Sophie qui avait pris le premier train quand il avait appris son arrestation, arrive deux heures trop tard… Christoph (qui avait trois enfants) a le temps de se faire baptiser avant d’être guillotiné, comme un dernier défi à la justice de Hitler ; Hans, lui, crie avant de mourir « Vive la liberté! » si fort que toute la prison l’entend. Quelques mois plus tard, les autres membres du groupe sont également condamnés à mort. Le 27 juin 1943, l’écrivain allemand en exil Thomas Mann leur rend hommage à la BBC : «Courageux, magnifiques jeunes gens ! Vous ne serez pas morts en vain, vous ne serez pas oubliés » — et, dans la foulée, l’aviation anglaise jette sur le pays un million d’exemplaires du dernier tract. (Alors Hitler, t’es vener?)
Nous, ça nous rend triste, mais en 2012, l’un d’entre eux, Alexander Schmorell, chrétien-orthodoxe, a été canonisé, et ça, c’est un peu la classe. Et puis Mickey 3D a sorti une jolie chanson : Thomas Mann avait raison, ils ne seront pas oubliés.

La prochaine question est : Quel “père de la patrie italienne” conduit l’expédition des Mille en 1860?

Mille baisers,

Aude

[1] Chrétiens fervents, Hans et ses amis s’inspirent de la méthode de l’évêque de Münster, qui avait, quelques mois auparavant, dénoncé en pleine messe l’”Aktion T4”, c’est-à-dire les meurtres secrets de 70 000 à 100 000 handicapés, marginaux et dépressifs (sous prétexte qu’il fallait “libérer les lits d’hôpitaux pour les blessés de guerre”). Le sermon de l’évêque avait été imprimé & diffusé dans toute l’Allemagne. Hitler, furieux du scandale, avait décidé de faire éliminer cet évêque. Typique d’Hitler ça. Mais Joseph Goebbels, le chef de la propagande, lui avait prudemment suggéré d’éviter un conflit ouvert avec les chrétiens de Münster. Du coup, trois semaines plus tard, Hitler avait été obligé de céder & avait dû suspendre l’Aktion T4. Le seum.

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