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Gandhi : la marche vers l’indépendance de l’Inde

On 02/12/2014 by admin

Bonjour!

La question du jour était Qui entama une « marche du sel » en 1930 ?. Bravo Hugues Ch. : la réponse était Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948).
Cette marche est en effet un de ses actes politiques les plus forts et les plus marquants de Gandhi et un des mouvements de désobéissance civile le plus suivi de l’Histoire, considéré comme une étape majeure vers l’indépendance de l’Inde, le 15 août 1947.

Alors bien sûr, vous connaissez tous la petite silhouette frêle du « Mahatma » (la « Grande Âme »), ses lunettes cerclées de fer et son pagne sur ses jambes fragiles. Vous connaissez aussi sa doctrine de la non-violence, un savant mélange de ses influences hindoues et de ses lectures chrétiennes, qui ont inspiré tant de grands hommes – Martin Luther King, Nelson Mandela, le dalaï lama, Aung San Suu Kyi – et qui le placent dans l’imaginaire collectif au même rang que Jésus-Christ ou que les plus grands hommes de paix. Mais vous ne connaissez peut-être pas sa « marche du sel », qui cristallise à la fois cette philosophie et son combat pour l’indépendance vis-à-vis de l’Empire britannique, donc racontons-la un peu. Et puis j’ai décidé, même si je n’aime que peu l’idée de vous ternir son image de beau modèle, de raconter aussi ce qui me froisse.

 

I. Gandhi, du jeune avocat timide au directeur de conscience des Indes britanniques :

  1. De l’Inde à l’Occident

Gandhi jeune

Gandhi est né dans une famille de riches marchands dans les Indes britanniques : à 18 ans, contre l’avis de sa caste, il part faire ses études d’avocat à Londres. Quoique très attaché à sa culture, il se pétrit alors de la littérature occidentale, et notamment de trois influences majeures:
Son retour en Inde est un échec : timide, maladroit voire mal à l’aise, il décide de partir s’installer dans un autre morceau de l’Empire britannique : l’Afrique du Sud (d’où l’influence directe qu’il eut sur Nelson Mandela). Dès le sixième jour de son arrivée, il est confronté à une expérience qu’il a toujours décrite comme la plus fondamentale de sa vie : en wagon de première classe, il est expulsé sur les exigences d’un Blanc qui voit d’un mauvais œil l’idée de partager son compartiment avec un « coolie » (= un « métèque »). Révolté par cette injustice, il se mue progressivement d’avocat timoré en porte-parole des immigrés indiens et fonde un parti pour les défendre – puis, bientôt, défendre d’autres minorités.
=> Rapidement, ses combats, ses emprisonnements successifs et l’affinement de sa doctrine (« changer les cœurs par la non-violence ») le rendent immensément populaire, y compris de l’autre côté de l’Océan Indien.

 

  1. De la désobéissance civile au combat pour l’indépendance

Mahatma, la Grande Ame aux yeux de lumièreÀ son retour en Inde en 1915 (à 45 ans), il est donc déjà accueilli en héros. Sa vie de pauvreté, son attachement aux traditions, et ses multiples emprisonnements lui confèrent progressivement un rôle de directeur de consciences collectif, qui met en pratique ce qu’il prêche (il fait par exemple vœu de chasteté – lui qui, marié à 14 ans, avait adoooooré passer son temps à faire des parties de jambes en l’air avec sa femme). Il incite le peuple, à travers le pays, à protester contre les lois abusives ou les lourdes taxes créées par les Britanniques et lutte pour les plus démunis, la libération des femmes, la fraternité entre castes et entre religions… et puis, surtout, pour l’indépendance de l’Inde.

  • Ce combat vers l’indépendance est renforcé par un épisode très dur – si vous avez vu le dernier épisode de Downton Abbey[1] (vous savez, celui où Mary meurt) (b.l.a.g.u.e), les deux beaux-pères s’affrontent à propos dumassacre d’Amritsar : en 1919, après des meurtres contre des Européens, un général anglais fait tirer sur un rassemblement d’Indiens et provoque plusieurs centaines de morts et plus d’un millier de blessés (bien fait pour eux, ils n’avaient qu’à pas être désarmés et non violents).

 

II. La marche du sel : le pèlerinage vers l’indépendance

  1. Lutter contre l’impôt « injuste entre tous » : celui sur le sel :

En 1930, il s’en prend à l’impôt le plus Gandhi au bout de la marche du selemblématique de l’oppression coloniale et « injuste entre tous » : l’Empire britannique avait le monopole sur le sel, ce qui interdisait aux Indiens de s’en procurer sans payer – même au bord de la mer en faisant bouillir de l’eau. Pour les Indiens, déjà plongés dans une extrême pauvreté, c’était insupportable; il décide donc de faire ce qui est interdit : aller recueillir le sel lui-même dans la mer.

Accompagné d’une poignée de disciples, il commence donc une longue marche de 386 km : ils sont rapidement rejoints par des dizaines de milliers de personnes (villageois, journalistes, intellectuels). Diffusée dans tous les médias du monde, sa marche de près d’un mois a un retentissement international et quand il atteint la mer, les journalistes diffusent dans le monde entier les photographies de lui ramassant une poignée de sel : des dizaines de milliers d’Indiens l’imitent bientôt dans le pays. Dans les mois qui suivent, le vice-roi est contraint d’ordonner son arrestation – mais aussi celle de plus de 60 000 personnes ! Situation évidemment intenable pour les Britanniques…

 

  1. La victoire du sel, une étape importante vers l’indépendance :
  • Le Premier ministre britannique, travailliste, soutenu par le roi, décide alors d’ouvrir une table ronde pour discuter d’une potentielle indépendance de l’Inde
  • Le vice-roi finit par reconnaître son impuissance et fait libérer tous les prisonniers, puis, triomphe des triomphes, accorde aux Indiens le Pacte de Dehli : l’abrogation de la loi sur le sel.
  • Le Mahatma est convié l’année suivante à Londres et dans l’Europe entière, et les libéraux britanniques se résignent à une prochaine indépendance de l’Inde

L’indépendance est retardée par les dissensions entre hindous et musulmans et la Seconde Guerre mondiale, mais la «marche du sel» reste un des événements les plus importants pour les Indiens au XXème siècle.

—– Paragraphe moins sympa où on apprend ce qu’on n’avait pas hyper envie d’apprendre (mais bon c’est ça l’Histoire) —–

Winston Churchill, mon chouchou, avait une plutôt mauvaise opinion du Mahatma (ce « fakir séditieux qui grimpe à moitié nu les marches du palais du vice-roi ») – en lisant Cette nuit la liberté (livre que je vous conseille très très chaudement[2]), je dois reconnaître que certains aspects de la « sainteté » de Gandhi m’ont heurtée :

  • Sa conviction totale en la méthode de non-violence fondamentale l’ont fait prendre des positions politiques qui peuvent sembler insupportables : il a par exemple recommandé aux Anglais et aux Juifs, pendant la Seconde Guerre mondiale, de ne pas résister par les armes aux Allemands : de se « laisser abattre », « d’évacuer leurs maisons » et « d’abandonner les armes » – mais (ouf il y a un « mais ») « de refuser [à Herr Hitler et Signor Mussolini] toute allégeance ». (Euh…) Inutile de préciser que je suis heureuse que les Anglais ne l’aient pas écouté (« Ouais Winston, vas-y résiste, moi je suis de ton côté ! »).
  • Dans le cadre familial, son attitude a été intransigeante, voire tyrannique (cette attitude lui était d’ailleurs reprochée également en politique[3]) : l’exemple qui me semble le plus emblématique de son « extrémisme » est son attitude quand, en détention, malade d’une bronchite, sa femme a eu besoin d’injonctions de pénicilline proposées par les Anglais. Gandhi a refusé, contre les prières de ses fils : il était contre la médecine occidentale… Elle en est morte. (Quelques semaines plus tard, Gandhi tomba très malade et accepta finalement la médecine occidentale pour lui).

La question du jour bonjour parle toujours d’une belle âme, mais dont la notoriété est inversement proportionnelle à celle de Gandhi (donc n’hésitez pas à tenter de répondre, de toutes manières ça va se jouer un peu au hasard ! ;) ) : « A l’occasion de quelle guerre la première femme maire de France fut-elle désignée ? »

Je vous embrasse et allez en paix, Belles Âmes,

Aude

Podium


[1] Si vous ne regardez pas cette série sur l’Angleterre du début du XXème siècle – elle est absolument géniale donc go !
[2] parce que, comme tous les Lapierre et Collins, c’est hyper facile à lire (n’oublions pas que D. Lapierre était un reporter à Paris Match, habitué à écrire pour le grand public), mais surtout très intéressant, avec une vision globale (historique, culturelle, psychologique, politique) très bien documentée.
[3] « À partir du moment où vous me choisissez comme leader, vous devez accepter la dictature et la discipline de la loi martiale. » (1920, Congrès national indien)
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