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“La malveillance des méchants se renforça de la faiblesse des vertueux”

On 21/01/2015 by admin
Good day,

 

L’avantage de l’Histoire, c’est que non seulement c’est amusant et intéressant (voire davantage) – mais c’est aussi que cela permet, en examinant comment les hommes ont réagi face à une situation historique, de se choisir ses héros et puis, corrélativement, de choisir ceux qu’on n’aurait pas voulu être.
Le seul problème, évidemment, c’est que tout le monde choisit toujours les mêmes héros (Par exemple, pour la Seconde Guerre mondiale, touuuut le monde veut touuujours être Churchill meeerci l’originalité !).
Bien sûr, ma propre originalité est complètement folle (« Winstooooon I love youuuu ») – néanmoins il existe un moyen de se distinguer en choisissant sescontre-modèles : le choix est plus large (même si Adolf H. & Benito M. arrivent toujours en premier).
Chamberlain serre la main à HitlerPourtant les contre-modèles qui me semblent réellement intéressants ne font pas partie du clan des fous-méchants. Trop simple, trop facile.
A vrai dire, ils font partie de ceux qu’on a toujours la tentation d’être : les faux gentils – en somme, les « vertueux » que désigne Churchill quand il débute ses Mémoires de Guerre : « la malveillance des méchants se renforça de la faiblesse des vertueux » – c’est-à-dire ceux dont la volonté de préserver la paix, à tout prix, même à celui du renoncement face au bellicisme des ennemis, a permis au nazisme de ne trouver aucun obstacle sur sa route jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour pouvoir le stopper.
=> La question était : Quel homme politique britannique, Premier ministre du Royaume-Uni de 1937 à 1940, est connu pour sa politique étrangère d’apaisement?: bravo à Alexis SchöneAntwort : il s’agissait de Neville Chamberlain (1869-1940), discrédité dès l’invasion de la Pologne en 1939 pour sa politique d’apaisement face à Hitler : revenons donc sur les  hésitations & reculades pendant les six années 1933-1939, face à la rapide émergence d’Adolf Très Méchant Hitler…

I. La montée du nazisme dans les années 1930 ou L’Emergence des Très Méchants :

  1. La « malveillance des méchants » :

La volonté que la Première Guerre mondiale soit la « Der des Der » fit admettre l’idée que le dialogue entre les Nations devait prévaloir pour désamorcer les potentiels conflits et éviter une nouvelle boucherie: la Société des Nations (« SDN »), voulue par le président américain Woodrow Wilson, fut créée en 1919pour assurer ce rôle.
Malheureusement, dans les années 1930, la multiplication des actes de bellicisme (japonais, puis italiens – puis enfin et surtout allemands), montra les limites de cette méthode, dénuée de capacité de réponse armée « en propre » en cas de transgression :

  • La première brèche au consensus du dialogue fut apportée par les Japonais : en 1931, ils envahirent la Mandchourie. Un rapport de 1933 de la SDN condamna cette agression – mais la réponse des Japonais fut simple : ils se retirèrent de la SDN. (« Vous n’êtes pas d’accord ? tant pis pour vous »). Et ? Et rien. Zut.
    • Hitler, parvenant au pouvoir la même année, s’inspira aussitôt de cette solution merveilleusement efficace : la SDN refuse le réarmement de l’Allemagne? Très bien, l’Allemagne se retire de la SDN ! (et reconstituera clandestinement son potentiel militaire…)
  • La seconde brèche vint alors de l’Italie fasciste : en 1935, l’Empereur d’Abyssinie, Haile Selassie, fit deux appels aussi poignants qu’inutiles à la SDN pour régler son différend avec l’Italie mussolinienne : en vain – pour ne pas contrarier Mussolini et le « jeter dans les bras d’Hitler », on laissa l’Italie s’emparer de l’Abyssinie.
  1. La « faiblesse des vertueux » :

Il devint alors clair, pour Adolf Hitler, que la profonde aspiration au pacifisme de l’opinion publique européenne était son meilleur atout : il joua dès lors à outrance de ce que ses voisins avaient envie de croire.

  • En 1935, Hitler proclama le rétablissement du service militaire (mesure la plus susceptible de rendre possible une guerre – en pleine violation du traité de Versailles) : il prononça aussitôt, dans la foulée, un discours où il réitéra ses intentions pacifistes. La France et l’Angleterre, qui ne voulaient pas prendre le risque d’une guerre, passèrent l’éponge.
  • L’année suivante, en 1936, Hitler annonça la remilitarisation de la Rhénanie (=zone démilitarisée sur la frontière du Rhin, d’où étaient parties les attaques lors de la Première guerre mondiale – notamment le viol de la neutralité belge – et où se trouvaient les principales usines permettant de fabriquer du matériel de guerre). Là, me direz-vous, les Alliés vont se réveiller et s’apercevoir qu’on ne pouvait plus reculer ? Pas du tout.Pourquoi ? Hitler assura que « l’Allemagne ne désirait que la paix »! L’idée même d’une guerre inutile effrayait tant les Alliés traumatisés qu’aucune sanction ne fut décidée[1].
  • Enfin, le summum de la crise fut atteint lorsque Hitler décida, purement et simplement, en 1938, d’annexer l’Autriche (c’est l’« Anschluss ») – et, comme si cela ne suffisait pas,  d’annexer six mois plus tard une partie de laTchécoslovaquie (les « Sudètes »).

« Non mais là, les gars, on se réveille, non ? »
En France, les élections et l’aventure du Front Populaire concentraient l’essentiel de l’attention sur la politique intérieure. En Angleterre, en revanche, une vraie doctrine légitimant l’action (ou l’inaction?) face à Hitler était portée par le Premier Ministre, Neville Chamberlain : c’est la fameuse « politique d’apaisement »…

II. L’exaspérant Neville Chamberlain et sa politique d’apaisement:

  1. Neville Chamberlain ou L’Idiot Utile d’Hitler :
Chamberlain ou le visage de la lâchetéNeville Chamberlain était Premier Ministre en Angleterre depuis 1937, soit un an, quand éclata la crise des Sudètes.
  • Dans l’opposition, l’infatigable Winston Churchill ne cessait, dès avant 1933, de mettre en garde la Chambre des Communes contre le danger nazi : contrairement à beaucoup d’autres, il avait lu Mein Kampf et avait une vision assez claire du danger hitlérien.
  • Neville Chamberlain, à l’inverse, suivant les traces de son père (un grand homme politique) et de son frère (un des artisans de la politique de détente qui avait abouti à la signature des accords de Locarno – ce qui lui avait valu leprix Nobel de la Paix la même année (1925)), était convaincu que le Traité de Versailles était trop défavorable aux Allemands, jugés responsables du déclenchement de la Première Guerre mondiale : par conséquent, se méfiant de la France qui s’efforçait de faire respecter le traité, il consacra plutôt ses efforts à amadouer l’Italie afin d’affaiblir l’axe Rome-Berlin => dans cette perspective, il reconnut de jure en 1938 l’occupation italienne en Abyssinie. Toujours dans la même logique, il négocia séparément avec l’Allemagne…
  1. Les accords de Munich : « Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre » (Churchill)
En négociant seul face à Hitler (septembre 1938), Chamberlain accepta finalement de céder les Sudètes – sous réserve d’un plébiscite d’autodétermination. Hitler hésita alors : devait-il se contenter de cette victoire ou surenchérir ? Bien sûr, revoyant Chamberlain une semaine plus tard, il surenchérit : les compromis de la semaine passée « ne font plus l’affaire à présent » –  il voulait tout bonnement envahir les Sudètes, sans référendum. Chamberlain céda encore et accepta d’organiser avec Hitler, la France et l’Italie les fameux accords de Munich[2] : la France et l’Angleterre sacrifièrent la Tchécoslovaquie en espérant que cela apporterait une paix durable.

Neville et AdolfA la Chambre, Winston tempêta : « Peu à peu, nous prenons l’habitude du recul et de l’humiliation à ce point qu’elle nous devient une seconde nature. Nous boirons le calice jusqu’à la lie ».

  • Un mois plus tard, Hitler, fort d’un total sentiment d’impunité, faisait mener des pogroms contre les Juifs dans tout le pays lors de la Nuit de Cristal; puis il envahit le reste de la Tchécoslovaquie – et an plus tard à peine, le 1er septembre 1939, il envahissait la Pologne
  • La guerre fut déclarée; Chamberlain, discrédité aux yeux de ses contemporains, fut remplacé par Churchill en 1940 – qui, lui, ne promit pas autre chose que du sang, de la sueur et des larmes. Mais finalement, les Anglais préféraient cesser d’éviter l’inévitable guerre et se préparer.

Bref, dommage pour toutes ces occasions manquées d’avoir stoppé Hitler (j’en suis réduite à tuer Hitler dans mes rêves depuis que j’ai 4 ans) – parlons maintenant d’Histoire de France et de choses légères pour la prochaine fois ! : « Quel est le nom de la maîtresse du roi Henri II ? ».

Rendez-vous mardi 8h00 !

Votre Aude

Ps : et bien sûr, cliquez ici pour le quizz!!

Podium du 21 janvier

[1] La Belgique, ne se sentant plus protégée, abandonna alors l’alliance avec la France ; l’Italie se détourna du système de sécurité collective et se rapprocha de l’Allemagne
[2] – on avait soigneusement exclu le président tchécoslovaque des négociations, qui portaient pourtant sur son propre pays…
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