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Salvador Allende et le coup d’Etat de Pinochet

On 25/11/2014 by admin
Hello!

 

La question du jour bonjour, triomphalement remportée par Paul-Edouard C., était : « Quel président de la République fut renversé par un coup d’Etat soutenu par la CIA et se donna la mort dans son palais, en 1973 ? » : la réponse est Salvador Allende, le Président du Chili de 1970 à 1973. Allende est presque plus connu pour sa mort que pour son mandat : bombardé dans son palais lors du coup d’Etat du Général Pinochet (de triste mémoire), il s’est donné la mort plutôt que d’abandonner le pouvoir aux putschistes. Alors, afin que vous en sachiez un tout petit peu plus que ces quelques mots et que vous puissiez dire à votre ami chilien (on a tous un ami chilien) que vous connaissez l’Histoire de son pays, parlons un peu :

    1. De la personnalité et du mandat de Salvador Allende
    2. Du coup d’Etat de Pinochet (1973)

 

I.Salvador Allende, un marxiste réformateur

  1. Élection à la présidence du Chili (1970)
Né en 1908 dans une famille aisée, franc-maçonne de père en fils, Salvador suivit des études de médecine ; parallèlement, malgré sa tête de bon bourgeois droit sorti de l’Inspection des Finances, il devient un vrai socialiste old school : il est l’un des fondateurs, en 1933, du Parti Socialiste chilien.

A 27 ans, sur les traces de Papa et Grand-Papa, il rentre dans la franc-maçonnerie : plutôt pratique pour avoir des postes intéressants – et bingo : à 31 ans, il est nommé ministre de la santé (record de jeunesse, à rendre jaloux Rama Yade ou Emmanuel Macron) dans le gouvernement de Front Populaire.
Au milieu de la Seconde Guerre mondiale, il prend la tête du PS, devient sénateur après la guerre, puis président du Sénat. Il échoue plusieurs fois aux élections présidentielles, mais il est estimé et apprécié par tous les partis pour son intégrité et sa modération.

Finalement, en 1970, il est élu (même s’il n’obtient qu’un tiers des voix – le Chili ne prévoyant à l’époque pas de deuxième tour) à la tête d’une coalition de gauche. Son programme est une « transition vers un socialisme démocratique », ce qui signifie en gros marxiste, mais par la voie démocratique.

Son élection n’enchante pas tout le monde :

  1. Il n’aurait probablement pas été élu s’il avait dû faire un second tour face au candidat de droite
  2. Il effarouche profondément les États-Unis – et plus précisément Kissinger, le fameux Secrétaire d’État (=Ministre des Affaires Étrangères) de Nixon, qui déclare « Je ne vois pas pourquoi il faudrait s’arrêter et regarder un pays devenir communiste du fait de l’irresponsabilité de son peuple. » Ambiance.
  1. Mandat présidentiel :

Allende ne fait rien pour rassurer les États-Unis (qui avaient commencé la bagarre dès le début en tentant un coup d’Etat raté) : il exproprie de grandes entreprises sans indemniser les parties américaines – notamment la plus grande, dans le cuivre, qui constituait ¾ des exportations (« Vous voulez la guerre les Ricains ? vous l’aurez »). Sa vague de nationalisations touche également presque toutes les banques : 9 sur 10 (J-L. Mélanchon l’a rêvé, il l’a fait).
Parallèlement, il se préoccupe des plus pauvres en redistribuant les terres aux petits paysans et en augmentant fortement les salaires, ou en offrant des distributions gratuites de lait aux enfants.

Malheureusement, après l’euphorie de la première année, les résultats sont rapidement très préoccupants : le pays entre en récession (ces salauds d’Amerloques ayant retiré massivement leurs investissements) (cela dit, investir pour se faire exproprier n’était pas forcément très profitable de leur point de vue, convenons-en) et l’inflation explose (500% en 1973 – à comparer à nos 1% annuels actuels, ce qui fait beaucoup).

Aux élections législatives de 1973, les opposants à Allende se regroupent dans une coalition qui obtient la majorité des voix – mais ils n’atteignent pas les deux tiers nécessaires pour le destituer légalement. Allende, qui ne maîtrise plus le Parlement, décide alors de gouverner sans lui, par décrets.
=> Bref, la situation devient de plus en plus crispée et bloquée. Salvador essaye d’obtenir le soutien actif de la population, mais le Parlement, hostile, soulève de grandes grèves et des insurrections qui paralysent le pays, tandis que des milices d’extrême droite et d’extrême gauche s’affrontent dans une guerre civile larvée.

 

Au bout de trois ans, à l’été 1973, Allende, acculé par les démissions en cascade de ses ministres, finit par nommer le général Pinochet « général en chef des armées », fin août. (Oui, vous avez deviné : c’était une mauvaise idée et on approche de la fin de l’histoire).

 

II.Le coup d’Etat du général Pinochet :

Évidemment, ni une ni deux, le général Pinochet est approché par tous ceux qui, voyant la détermination d’Allende d’aller au bout de son mandat coûte que coûte, rêvent d’un coup d’État. La CIA fait bien sûr partie de ce camp « pro-putsch » : elle n’avait cessé de verser des fonds pour soutenir les opposants d’Allende (les partis, les journaux d’opposition ou même les grévistes). Elle fut logiquement enchantée du coup d’État de 1973 – mais les archives (notamment les conversations entre Kissinger et Nixon) montrent qu’elle n’a pas participé directement au putsch.

Pinochet, réputé apolitique et qui avait fait preuve de loyalisme envers Allende en étouffant deux mois plus tôt une rébellion (ironie), comprend vite qu’on le poussera vers la démission, comme son prédécesseur, s’il n’accepte pas de prendre part au coup d’État. [Le commandant en chef de la Marine, qui croyait pouvoir l’impressionner de ses menaces, s’aperçut (mais trop tard) que Pinochet était bien plus malin et politique que prévu : une fois que le coup d’État effectué, il ne rendit jamais le pouvoir …]

Après s’être emparée de l’essentiel des villes chiliennes, l’armée entoure le palais présidentiel, où les 42 gardes d’Allende, fidèles jusqu’au bout, tirent sur les assiégeants. L’armée emploie donc un moyen  radical et bombarde le palais, pendant que Salvador Allende délivre à la radio ses derniers messages, qui disent sa volonté de rester à son poste jusqu’au bout, sa foi dans le Chili et sa conviction que l’avenir « appartiendra au peuple et aux travailleurs ».

Je vous défie de ne pas être émus en lisant ces lignes extraites de son dernier message (sachant que les hommes qui lui demandent de se rendre et démissionner avaient dans tous les cas décidé de le liquider) :
« Il est certain qu’ils feront taire Radio Magallanes et le métal de ma voix calme ne vous rejoindra plus. Cela n’a pas d’importance, vous continuerez à m’entendre. Je serai toujours auprès de vous et vous aurez, pour le moins, le souvenir d’un homme digne qui fut loyal envers la patrie. »
La radio est ensuite coupée – et les gardes d’Allende finissent par trouver la mort.

J’ai longtemps cru que ce qui se passait ensuite était qu’il avait été tué – il a été retrouvé mort d’une « rafale de mitraillette » (or il est un peu dur de s’infliger une rafale soi-même). Mais j’ai appris en janvier dernier[1] de nouveaux détails : la Justice chilienne a conclu officiellement qu’Allende s’est suicidé – ce que (et c’est important à mes yeux), sa propre famille & soutiens croient : selon le rapport, après avoir dit adieu à ses proches, Salvador Allende s’est enfermé dans son salon présidentiel, s’est assis dans son canapé, a placé sa mitraillette AK47 entre ses genoux sous son menton et a actionné le chien du fusil. Il est mort sur le coup, comme l’attestent les experts médicaux. La petite histoire (débattue) dit que l’AK47 en question lui avait été offert par son ami Fidel  Castro – et moi, j’ai envie d’y croire (cf la dédicace en photo).

La suite (le régime du général Pinochet) est une autre histoire – histoire très controversée et dont la mémoire et les blessures sont encore vives au Chili ; en tout cas, il y eut plus de 100 000 personnes arrêtées dans les mois qui suivirent, 38 000 personnes torturées et 3 200 morts — ce qui explique pourquoi les cicatrices ne sont pas encore refermées (d’ailleurs, l’actuelle Présidente de la République, Michelle Bachelet, est la fille d’un général torturé sous Pinochet et mort à cause de sa détention).

La question du jour bonjour s’attaque à une des plus grandes dates de l’Histoire de France : « Qui étaient les armées combattues par François Ier en 1515 à Marignan ? »
Je vous couvre de bisous (y’a pas de débat, c’est mieux que les geôles et les tortures chiliennes),

Aude

 

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